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EPS: les 5 astuces de Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ pour faire progresser les élèves durant une leçon

EPS: les 5 astuces de Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ pour faire progresser les élèves durant une leçon

Tu trouves qu’il n’est pas toujours facile de transformer tes élèves durant une leçon d’EPS. Qu’il y a de nombreux paramètres à prendre en compte lors de ta préparation de leçon et ensuite sur le terrain face à ta classe.

Ma série d’interviews « Les 5 astuces pour transformer les élèves durant une leçon d’EPS » a pour objectif de t’apporter des outils concrets pour te sentir plus à l’aise face à tes classes.

Si tu souhaites bien comprendre le principe et la trame de chaque interview, cette vidéo de 2 minutes va tout t’expliquer 😉

Pour cette nouvelle interview, j’ai eu le grand plaisir d’échanger avec une collègue bien connue dans le monde de l’EPS, avec une grande expérience de terrain: Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ.

Sans plus attendre, je te laisse prendre connaissance des 5 astuces de Twiggy.

Si tu as des questions, des remarques suite à cette interview, tu peux les laisser dans la partie commentaires sous la vidéo YouTube ou dans les commentaires en bas de cet article 😉 Je t’invite également à apporter « ton pouce à l’édifice » en cliquant sur le pouce bleu sous la vidéo YouTube afin d’améliorer le référencement de cette interview.

3 possibilités s’offrent à toi maintenant pour suivre cette interview: la vidéo YouTube (lien ci-dessous), la bande son (en dessous du lien vidéo) ou l’article (en dessous de la bande son).

leçon EPS

Tu souhaites écouter cette interview sous forme de podcast? Par exemple, dans les transports en commun ou pendant ton footing, pendant une balade dans la nature…Clique sur le bouton ci-dessous:

Les 5 astuces de Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ pour transformer les élèves durant une leçon d’EPS

Régis GALEK : Bonjour à toutes et à tous, dans le cadre de ma série « les 5 astuces pour transformer les élèves durant une leçon d’EPS », j’accueille aujourd’hui une collègue EPS avec une grande expérience professionnelle. Elle a travaillé de nombreuses années dans le primaire puis dans le secondaire et actuellement dans l’enseignement supérieur. Elle travaille à l’UFR STAPS de Toulon. Elle est aussi membre du nouveau groupe de l’AEEPS Coopér@ction. Je nomme Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ. Un grand merci à toi pour avoir accepté cette interview et pour nous partager aujourd’hui tes 5 astuces.

Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ: Merci beaucoup de m’avoir invitée et de me permettre de partager ces 5 astuces, c’est très gentil.

R.G : On a préparé cette interview il y a quelques jours et je sais que tes astuces sont vraiment très concrètes et vont aider les profs d’EPS dans leur quotidien mais aussi les étudiants qui passent un concours cette année. Pour démarrer cette interview, est-ce que tu peux te présenter brièvement et nous rappeler ton parcours professionnel ?

T.L-V : Je m’appelle Twiggy LEJEUNE-VAZQUEZ et je suis actuellement professeure Agrégée à l’UFR STAPS de Toulon. Je suis responsable de la filière « Éducation et Motricité ». J’ai été professeure en collège et en lycée puis à l’IUFM de Strasbourg dans lequel je me suis occupée de la formation des Professeurs des Écoles pour le Concours puis des professeurs stagiaires (en formation initiale). J’ai ensuite été Conseillère Pédagogique Départementale c’est-à-dire en charge auprès du Directeur Académique du Var de développer l’enseignement de l’EPS de la maternelle jusqu’au CM2 puis j’ai travaillé avec 16 conseillers de circonscription.

R.G : D’accord. Donc un parcours professionnel très riche avec une bonne connaissance du système éducatif primaire, secondaire et supérieur. On va pouvoir maintenant attaquer nos 5 astuces puisque tu as fini ta présentation. Est-ce que tu veux bien démarrer avec ta première astuce ?

1ère astuce : Persuader les élèves pour leur permettre de devenir autonomes

T.L-V : J’ai commencé l’élaboration des astuces depuis la relation profs-élèves vers le traitement de l’activité. Donc la toute première astuce c’est vraiment l’idée qu’il faut persuader les élèves pour leur permettre de devenir autonomes. Cela vient d’un article que j’avais lu en tout début de carrière venant du travail de Jacques-André Méard et Stefano Bertone sur l’autonomie. Cela concernait l’élève qui ne veut pas apprendre en EPS (Revue EPS #259, article 61) qui avait été complété par « Citoyenneté et apprentissage – Rendre les règles signifiantes » (Revue EPS #288, article 25).

Et là j’invite vraiment les candidats au concours à lire ces deux articles. Pour moi, ce sont les références, celles qui m’ont transformée et m’ont permise de rendre mes élèves autonomes. Donc c’était cette relation d’autorité qui était mise de côté au profit de la persuasion des élèves c’est-à dire simplement de justifier ce que l’on fait, donner des explications aux élèves, ce qui va leur permettre de comprendre.

L’idée qui était sous-jacente et qui m’avait beaucoup plu dans cet article, c’est l’idée de « prof-caméléon ». C’est-à-dire la capacité pour un prof de s’adapter à l’élève. Par exemple, être autoritaire avec un élève qui est en cours d’autonomie dans l’exemple donné dans l’article (et que moi j’ai vécu également) est justifié mais faire preuve d’autorité avec un élève qui fait acte d’autonomie, qui a du sens etc. risque au contraire de démolir sa motivation et provoquer son arrêt. De plus, les « profs-caméléons », sont souvent reconnus par les élèves.

J’ai un exemple personnel, en tout début de carrière, j’avais Pierre-Paul et Claire. Claire c’était l’élève idéale j’aurais rêvé qu’elle soit prof d’EPS (elle a fini médecin, c’est dommage ! Rires). Pour l’exercice, il y avait deux poutres. Claire a transformé l’exercice pour le rendre un peu plus compliqué, je négocie alors la règle avec elle. Pierre-Paul, quant à lui, a fait exactement la même chose et pourtant je lui fis la remarque. Puis, je me suis aperçue qu’à aucun moment Pierre-Paul n’a remis en cause ce que je lui demandais parce qu’il y avait comme un contrat tacite entre nous.

Tant que la règle n’est pas respectée, il n’y avait pas de négociation. Cette idée-là c’est que l’on oblige un élève en cours d’autonomie à respecter la règle alors que l’on peut négocier avec un élève qui est déjà dans la construction de l’autonomie. Et cet article-là m’avait vraiment aidée aussi à faire des choix.

R.G : Hors interview, tu me disais « le prof parce que » qui essaie vraiment de tout justifier à chaque fois et notamment les règles. Personnellement, je ne le faisais pas forcément en début de carrière mais aujourd’hui j’explique aux élèves les raisons des règles.

De plus, pour les situations d’apprentissage, personnellement, j’aime bien afficher la compétence à atteindre au tableau afin que les élèves l’aient bien en tête et la découper en deux ou trois parties, deux ou trois éléments fondamentaux. Et à chaque fois que je leur propose une situation d’apprentissage je relie cette situation à un ou deux éléments fondamentaux donc là aussi ils comprennent pourquoi ils font ça. Ce n’est pas une situation d’apprentissage qui leur est donnée comme ça. Ils peuvent faire le lien entre la situation proposée et les éléments de la compétence à atteindre. J’essaye donc d’avoir un enseignement le plus explicite possible.

T.L-V : Tout à fait et d’ailleurs tout à l’heure dans les documents que je donnerai il y a vraiment cette idée-là : que l’élève connaisse aussi par exemple les pré-requis dont il a besoin. Par exemple, je peux tenter un salto-avant mais si je ne sais toujours pas faire la roulade avant, ça ne sert à rien. C’est donc lié aussi bien l’apprentissage que les règles de sécurité ou que les règles de l’institution. Et ces deux articles-là révèlent vraiment que l’autonomie ça s’apprend et que ça ne se décrète pas. Et qu’il faut donc respecter aussi les stades de l’autonomie de l’élève, que savoir enseigner c’est être un « prof parce que » mais également être un prof qui s’adapte à ses élèves.

R.G : Très bien pour la première astuce, tu peux passer à la deuxième parce que je sais que tu as encore beaucoup de références alors on enchaîne 😉

2ème astuce : Favoriser le travail et la pédagogie coopérative

T.L-V : Là, c’est le cœur de mon travail avec le groupe Coopér@ction de l’AEEPS. C’est l’idée que si l’on veut enseigner, il faut favoriser le travail et la pédagogie coopérative. En guise de référence, il s’agit d’un article qui a été écrit dans la revue EPS 387 qui s’appelle « Enseigner et évaluer les compétences morales et civiques en EPS » (Revue EPS #387, article 68). Nous, au sein du groupe Coopér@ction, on travaille sur les éléments qui sont proposés dans cet article. Et l’idée, c’est qu’en tant que prof, on va devoir enseigner les compétences sociales. Donc cela signifie bien que ces compétences s’acquièrent et qu’il y a une démarche qui va favoriser la construction de la collaboration, de la coopération et voire même de l’empathie.

Les compétences morales s’enseignent et donc elles ne se décrètent pas. Souvent, lorsqu’on a des professeurs stagiaires qui débutent, ils sont plein de grandes envies au début. Et dès le premier travail de groupe proposé à leurs élèves, ils se résignent et baissent les bras ; ça leur explose à la figure et ils disent que ce n’est pas possible de faire travailler les élèves en groupe ! Moi je pense qu’il est tout à fait possible de travailler en groupe parce que d’abord – on le sait – l’apprentissage se fait mieux quand on apprend avec les autres. Mais il faut donc apprendre à apprendre ensemble et ça, ça me plaît beaucoup dans cet article.

Nous en ce moment dans groupe Coopér@ction on travaille sur ces éléments, sur l’idée qu’il y aurait un élément principal qui est l’intérêt partagé et qu’il faut trouver un projet collectif pour les élèves qui soit en adéquation avec eux. Par exemple, moi je travaillais dans une école très difficile où les élèves ne pouvaient pas travailler ensemble (pour l’anecdote, deux élèves s’étaient tapés dessus parce que deux cahiers s’étaient touchés) et moi je devais faire cours de danse avec eux. Je n’allais donc pas leur proposer de se montrer à l’Opéra de Toulon ! C’est donc qu’il est vraiment nécessaire de penser son projet de collaboration ou de coopération puis ensuite jouer avec les six petits curseurs suivants :

1er curseur : la dépendance

Souvent, les professeurs stagiaires pensent que pour construire la solidarité et l’empathie il faut commencer par les sports collectifs. « Parce que vraiment les sports collectifs c’est super pour la socialisation ». Non ! Parce que souvent, c’est là que les conflits apparaissent à cause de la forme de dépendance qui est très forte. Je pense qu’il faut démarrer par des activités où l’on va s’entraider mais qui pour autant n’auront pas une incidence sur les résultats personnels sinon il risque d’avoir de l’animosité entre les élèves. Puis, progressivement il est bien évident qu’il faut pouvoir commencer à accepter de jouer avec tous et contre tous.

2ème curseur : l’organisation des groupes

Le deuxième curseur qu’on trouve aussi dans cet article c’est l’idée d’organisation des groupes. Doit-on faire des groupes affinitaires ou au contraire faire des groupes aléatoires ? Comment devrait être la taille des groupes ? Plus le groupe va être important plus cela va être complexe. Doit-on mixer les genres ? Doit-on séparer les genres ? Quelle répartition ? 50%-50% ou 25%-75% ? etc. Autant de questions à se poser pour favoriser la coopération.

3ème curseur : la réciprocité / non-réciprocité

Il faut vraiment se dire que les premières collaborations ne fonctionnent que s’il y a du donnant-donnant. Par exemple, on peut accepter d’être danseur mais que si le partenaire joue le jeu également et devient danseur à son tour. Puis, cela permet alors de glisser progressivement vers une forme de réelle solidarité même quand il n’y a pas de donnant-donnant. On peut alors accepter de jouer le jeu même s’il n’y pas de contrepartie.

4ème curseur : le temps de la collaboration

Ensuite il y a bien sûr la variable,  la première peut-être sur laquelle des professeurs débutants peuvent jouer, du temps de la collaboration. Il est évident que si on a des collaborations très courtes de l’ordre presque du spontané dans des relations ou dans des situations de mise en disponibilité on va avoir tendance à accepter de jouer ou de faire l’exercice. Et ce, même avec quelqu’un qui n’est pas notre ami ou avec qui on n’a pas d’appétence particulière.

En revanche, on peut s’attendre peut-être à un refus si l’exercice dure pendant 15 minutes ! Donc vraiment penser à diminuer un peu ce curseur-temps de la collaboration pour maximiser les chances des groupes.

5ème curseur : l’invention-guidage

C’est l’idée de savoir de quelle liberté de choix jouissent les élèves. On le sait très bien qu’il est très difficile de faire collaborer des élèves sur la durée surtout s’ils ont pléthores de choix. Donc peut-être qu’au début on va les guider.

En reprenant l’exemple de la danse, je leur dirais bien « vous êtes chorégraphes mais cependant moi je suis chef d’orchestre, donc toi tu passes en premier et vous faites ton mouvement, puis le mouvement de B, puis le mouvement de C, puis le mouvement de D et vous finissez ensuite sur scène en statue ». Je suis metteur en scène dans cet exemple et les élèves ne sont que chorégraphes et puis progressivement, au fur et à mesure, je vais déléguer de plus en plus donc ils vont choisir dans quel ordre ils le font, comment ils rentrent sur scène ou quittent la scène, etc.

6ème curseur : l’observation critériée

L’idée proposée consiste à ce que l’élève progressivement ait envie d’accompagner un camarade et de le conseiller. Pour cela, au départ, il faut qu’ils aient des cadres hyper précis presque de l’ordre du cahier des charges. Ils vont devoir répondre à des critères très précis. Par exemple, sur leur entrée, est-ce qu’ils ont fait une entrée sur scène ? Est-ce qu’ils ont fait une entrée à l’unisson comme il a été demandé ? Est-ce qu’il y a bien une sortie ? Est ce qu’ils ont bien maintenu ? Et puis les élèves vont apporter toutes les réponses à ces questions jusqu’à atteindre le domaine du sensible et ce qu’ils ont vu jusqu’au conseil. Et à ce moment-là, ils pourront apporter des conseils et faire progresser leurs camarades.

R.G : Oui, savoir quels critères ils ont à observer de manière précise. Par exemple, quand en tennis de table je travaille sur le smash avec un rôle de coaching, le coach doit vraiment corriger son partenaire par rapport à 3 critères de réalisation qui sont affichés au tableau et qui sont bien précis. Si tu veux voir des élèves de 6ème en action dans le rôle de coach en tennis de table, tu peux regarder la vidéo 4 dans cet article: https://www.epsregal.fr/enseignement-explicite-en-eps/

tennis de table collège EPS

T.L-V : C’est ça. Et là du coup l’élève va pouvoir y aller et après progressivement l’idée c’est d’y aller avec tout ce qu’il a engrangé comme connaissances. Donnons-lui le temps et guidons-le aussi pour qu’il puisse être un coach, ne le décrétons pas coach tout de suite non plus.

R.G : C’est clair! Il ne s’agit pas de dire « tu es arbitre » ou « tu es coach » et de laisser l’élève comme ça dans la nature sans critère !

OK, super on peut passer à la troisième astuce.

3ème astuce : Mettre en disponibilité les élèves

T.L-V : Cette astuce, c’est mon petit dada. C’est l’idée qu’il faut rendre disponibles les élèves à cette collaboration. Il faut rentrer en état de rapports à l’autre, en état de collaboration. J’ai appelé cela les mises en disponibilité c’est-à-dire de la même manière que l’on échauffe le corps et bien on prépare les élèves à travailler avec les autres. Dans les mises en disponibilité, on va se préparer à ce rapport à l’autre et à ce qui va suivre.

Quelques fois lorsque je vois des professeurs stagiaires, au moment de la démonstration, il y a un élève qui refuse de montrer ce qu’il a fait, mais personne ne comprend pourquoi. Je leur demande donc à quel moment de leur leçon ont-ils préparé cet élève-là à être vu ? La deuxième chose aussi dans la mise en disponibilité c’est la notion de jeu. Il faut jouer et avoir du plaisir à être vu. Vous verrez à la fin de l’article, il y a un outil que je donne qui consiste à accepter d’être vu, c’est peut-être jouer au jeu du regard etc. et cela les prépare à la collaboration.

R.G : Ne pas les prendre à froid en quelque sorte mais vraiment essayer de les préparer pour collaborer.

T.L-V : C’est bien ça. En tant que « prof de corps », nous savons qu’il faut faire des échauffements, avoir un cours structuré etc. mais on oublie la dimension sociale. L’air de rien, l’élève vient au cours d’EPS après son cours de Maths par exemple. Il était sur sa copie et d’un seul coup il va devoir aller toucher quelqu’un.

L’a-t-on préparé à cette situation-là dans laquelle il va peut-être toucher ou être touché ? Ou alors tout simplement s’opposer pour la première fois en rentrant dans un corps-à-corps assez frontal et dur en rugby ? Est-ce que dans l’échauffement nous avons préparé les élèves à subir « ces pressions physiques » et cette relation à l’autre ? C’est cela les mises en disponibilité, c’est l’idée de se rendre disponible à l’autre et à ce qui va suivre.

R.G : Oui, en quelque sorte établir une phase de transition entre le cours de Maths et le cours d’EPS. Se préparer à être touché et vu. Et ne pas passer de but-en-blanc d’une matière théorique à une matière physique.

T.L-V : Oui c’est exactement cela la mise en disponibilité.

R.G : Super, on peut passer à la quatrième astuce alors.

4ème astuce : Désacraliser le dire

T.L-V : Il s’agit de désacraliser le dire. Arrêter de penser que parce qu’une chose a été dite que les élèves vont la faire. C’est une chose que j’ai apprise très vite dans l’enseignement au primaire : le dire, ça ne marche pas. Les élèves font ce qu’ils veulent, les enseignants auront beau avoir tout bien préparé et bien utilisé le bon vocabulaire, les paroles s’envolent. (Rires)

R.G : (Rires) Parfois ça dure plus longtemps qu’à l’école primaire : jusqu’à 10, 15 ou 20 ans! Donc après l’école primaire, cela peut même continuer au collège, au lycée ou dans l’enseignement supérieur !

T.L-V : L’idée c’est d’exploiter le milieu. J’ai encore une référence à vous proposer. Il s’agit du livre « Chronomètre et survêtement » de Marc Durand. C’est un livre assez fabuleux qui m’a aidé à comprendre, à conscientiser ce que je faisais. Ce livre propose une analyse des formes de pratiques, par exemple l’affordance d’un objet : un ballon par exemple est forcé de rebondir, on ne peut pas demander aux élèves de faire en sorte qu’il ne rebondisse pas!

Personnellement, j’avais travaillé aussi dans le cadre d’expérimentations sur l’inclusion avec des élèves de la sphère autistique (donc des élèves qui avaient du mal à rencontrer l’autre) et donc je suis passée par l’aménagement du milieu. Je ne leur ai pas dit « Allez vous rencontrer ! ». L’idée était qu’il y avait des objets dans la salle et chaque élève avait choisi trois objets vers lesquels ils se déplaçaient. Et, forcément, avec mon organisation j’ai fait en sorte qu’à un moment donné, des élèves se rencontrent sur le même objet. Puis après par le jeu des consignes sur ce milieu-là, les élèves progressivement se sont rencontrés. Donc ça passe :

  1. Par la mémorisation du lieu et des consignes, avec des pense-bêtes et des moyens mnémotechniques, des symboles etc.
  2. Cette idée aussi que quelquefois il faut laisser le milieu faire. Je m’aperçois que mon aménagement du milieu est toujours pensé c’est-à-dire que je ne pose jamais des plots au hasard.

R.G : Merci pour cette astuce, on peut passer à la dernière.

5ème astuce : Avoir une ou deux situations dans une leçon

Natation college lycee

T.L-V : C’est cette idée que l’on peut transformer une situation unique en plusieurs situations différentes. Il y a un article qui est sorti dernièrement dans les cahiers du CEDREPS (numéro 17) où justement avec Muriel Kbaier on présente une progression, un continuum sur un jeu qu’on fait vivre à un enfant de 3 ans. Et ce même jeu évolue jusqu’à la classe de 3ème juste en changeant des variables. Donc dans une même leçon, on va jouer avec cette trame de variance. J’ai trouvé un moyen mnémotechnique pour ne pas l’oublier, il s’agit de « CAMETI » :

  • C comme Corps, A comme Autre

Il suffit de changer quelque chose dans le corps en lien avec l’autre. Par exemple, si je fais un exercice qui consiste à jongler à trois balles et d’un seul coup je dois le faire devant quelqu’un, on est à peu près sûr que la première fois je vais faire tomber les balles parce qu’il y a une nouvelle émotion qui nait après.

  • M comme Matériel

Il suffit de changer le matériel demandé pour le même exercice pour transformer la situation et donc l’ensemble de l’exercice.

  • E comme Espace

Plutôt facile à envisager, par exemple avec un espace interdit à un défenseur ou un attaquant, ce qui changerait la stratégie de l’exercice. Ou bien cela peut être changer le positionnement des cibles ou encore modifier l’espace de démonstration etc.

  • T comme Temps

Pouvoir faire un exercice en un certain temps puis moduler ce temps ou la fréquence des mouvements pour le rendre plus difficile par exemple.

  • I comme Intention

Trouver un mouvement que personne d’autre n’avait fait auparavant permet de voir la motricité des élèves se transformer parce que l’intention a été changée.

Ce « CAMETI » me permet très rapidement de transformer une situation pour la complexifier ou la simplifier. On peut même faire la démarche « CAPE-CAMETI » :

  • C comme Constater

Constater ce que les élèves font dans une situation donnée.

  • A comme Analyser

Analyser ce qu’il se passe dans une situation donnée.

  • P comme Proposer

C’est à ce moment-là que l’on propose quelque chose à transformer et il conviendra d’aller dans la trame de variance « CAMETI ».

  • E comme Evaluer

Finalement évaluer la nouvelle situation, voir ce qu’il s’est passé.

Voilà donc comment mettre en œuvre une démarche qui se centre vraiment sur l’activité des élèves sans aller chercher des centaines de situations.

R.G : C’est un bon moyen mnémotechnique ce « CAMETI », c’est vrai ! Notamment pour les professeurs stagiaires débutants. Je me souviens de mes débuts de carrière,  j’avais un peu peur d’enseigner une nouvelle APSA et je me demandais quelles situations proposer aux élèves. J’allais vite chercher des situations dans un bouquin, j’en proposais 3 ou 4 dans la leçon !

Alors qu’effectivement, on se rend compte au bout d’un certain nombre d’années (quand on a un peu d’expérience) que ça ne fonctionne pas. Les élèves ont du mal à progresser quand on enchaîne comme ça 3 ou 4 situations différentes dans la leçon. Ils n’ont pas suffisamment de répétitions et c’est vrai que c’est mieux de rester sur une situation et la faire évoluer comme tu proposes avec des variables didactiques. C’est vraiment beaucoup plus pertinent pour les élèves et ils progressent aussi beaucoup plus vite.

formation tennis de table

T.L-V : En effet, il faut répéter, refaire et ne pas hésiter à faire en sorte qu’une situation évolue par le « CAMETI ».

R.G : Et on a le droit de répéter la même situation à la leçon 2, à la leçon 3, à la leçon 4 c’est possible ! Cela fait notamment gagner du temps dans la transmission des consignes et en plus les élèves progressent grâce à la répétition.

T.L-V : Tout à fait, par exemple en primaire on a un jeu de référence et une variable complexe avec 2 niveaux : facile et difficile. Les règles sont transmises une fois et les variables sont changées plusieurs fois ce qui fait que les élèves peuvent très vite travailler en autonomie alors que sur trois jeux différents il aurait fallu donner 3 fois les consignes etc. Cela permet donc un travail différencié dans la classe.

R.G : C’est important ce que tu dis. Personnellement, j’ai des stagiaires tous les ans qui me demandent à un moment donné : « Il y a 2 ou 3 niveaux différents dans la classe donc il faut que je prépare 2 ou 3 leçons différentes ? ». C’est ingérable de fonctionner ainsi ! Alors que comme tu le dis avec une situation et en manipulant les variables, on peut s’adapter aux différents niveaux dans la classe.

Maintenant, est-ce que tu peux nous parler de 1 ou 2 ouvrages qui t’ont aidée ou t’ont marquée dans ta carrière ?

Des ouvrages sur l’EPS

T.L-V : C’est l’article de Jacques-André Méard et Stefano Bertone de l’EPS 259 (Revue EPS #259), c’est aussi « Chronomètre et survêtement ». Je rajouterais que dernièrement il y a l’ouvrage de Anthony Van de Kerkhove sur l’évaluation qui m’a bouleversée. Car il remet en cause l’idée de notes et ça fait du bien à lire ! C’est vraiment un ouvrage que je recommande vivement.

Puis en ce moment je suis en train de lire toute la collection « Pour l’action » (aux Éditions Revue EPS). Par exemple, j’en ai lu un sur la citoyenneté et puis un autre sur le genre avec une partie théorique et une partie de mises en pratique. Sur le genre par exemple, l’auteur se pose la question de l’aspect culturel, de la posture qui auraient peut-être des incidences sur l’apprentissage. Pour reprendre l’exemple, le fait qu’en volley on soit obligé de descendre sur nos appuis et d’avoir les genoux ouverts est-ce que cela pose problème par rapport à l’aspect culturel des postures féminines ? J’ai trouvé cela très bien fait et notamment pour la préparation aux concours.

R.G : : On voit que tu lis beaucoup (Rires). En tout cas merci pour ces références. Est-ce que tu aurais maintenant un outil pédagogique à partager avec les collègues ou les futurs collègues qui sont en ce moment en train de préparer un concours ?

Des outils pédagogiques pour les leçons d’EPS

T.L-V : Je vous fais cadeau non pas d’un outil mais de 2 outils 😉 Dans les 2 outils que je vais vous donner il y a :

  1. Ma trame de variance « CAMETI » qu’on a fait avec l’équipe du Premier Degré du Var. Pour aider justement très rapidement à trouver plein d’idées pour pouvoir transformer une situation en course d’orientation, athlétisme, natation etc.
  • Les prérequis sur la jonglerie. On a souvent du mal à trouver des prérequis pour construire par exemple la jonglerie à trois balles. Donc je donne les fiches que j’avais faites pour les élèves où l’on découvre les figures « permis » (pour pouvoir travailler la figure 18 par exemple il faut avoir passé le permis des figures 5 et 7).

Il y aussi l’idée que l’élève peut se valider démonstrateur. Cela rejoint l’idée de rendre autonomes les élèves c’est-à-dire se faire nommer démonstrateur d’une figure maitrisée pour venir en aide à un élève en difficulté. Pour pouvoir être démonstrateur il faut soi-même être reconnu par un autre démonstrateur de cette figure-là. Donc les élèves de cycle 3 avaient complètement pris en main ce travail de jonglerie en autonomie. Il y a à la fois les prérequis et à la fois cette idée de construction de pratique autonome des élèves dans l’apprentissage d’une forme technique.

R.G : D’accord, moi je vais pouvoir tester ça parce que je fais beaucoup d’arts du cirque en ce moment donc ça tombe juste bien comme il faut ! (Rires)

Est-ce que tu as un petit cadeau à nous partager pour les personnes qui nous ont suivies jusqu’au bout de cette interview ?

Cadeau pour les professeurs d’EPS et pour les futurs, dans quelques mois 😉

T.L-V : Oui c’est un document avec toutes mes mises en disponibilité.  Elles sont triées soit par rendre le corps disponible, soit par se rendre disponible aux autres, soit par se rendre disponible à ce qui va suivre donc pratiquer, créer, reproduire. J’ai fait un petit livret dans lequel on retrouve toutes les mises en disponibilité que je mets en œuvre en arts du cirque.

Il y a également une vidéo qui est sur le site de l’AEEPS où l’on voit une partie de mes mises en disponibilité. C’est vraiment mon outil que j’utilise tout le temps. C’est pour moi une sorte de pense-bête avec tous les jeux de mise en disponibilité qu’on peut faire. On y retrouve également des propositions de Bruno Armengol et de Cécile Vigneron de l’Académie de Lyon qui proposent des situations d’entrée en création en cirque.

R.G : D’accord. On mettra tous ces documents sous l’article de blog et on va pouvoir étudier tout ça attentivement et tester aussi après bien entendu sur le terrain. En tout cas merci beaucoup Twiggy pour cette interview. Tu voulais peut-être ajouter quelque chose pour conclure ?

T.L-V : Vive la pédagogie collaborative ! (Rires)

Faire apprendre par l’action et pour l’action c’est magique, c’est un sacré défi mais faut y aller.

R.G : D’accord! En tout cas, vraiment un grand merci à toi pour le partage de tes 5 astuces et je te souhaite vraiment une bonne continuation dans tous tes projets personnels et professionnels.

T.L-V : Merci beaucoup.

R.G : Nous, on se retrouve bientôt pour une nouvelle interview avec un nouvel invité. N’hésitez pas à vous abonner à ma chaîne YouTube pour être notifié dès qu’une nouvelle interview parait. Pensez aussi à liker et partager cette interview si elle vous a aidé et pour aider d’autres collègues ou d’autres étudiants. Je vous souhaite à toutes et tous une bonne journée. A bientôt !

Tu peux accéder à l’ensemble des cadeaux proposés par Twiggy à la fin de cet article 😉

Merci à toi, cher(e) collègue ou futur collègue d’avoir suivi cette interview jusqu’au bout! Tu peux bien entendu la partager si tu penses qu’elle peut intéresser et aider des personnes autour de toi 😉 Et si tu as des questions ou des commentaires, je t’invite à les laisser ci-dessous…

On partage et on progresse ensemble 😉

Si tu as apprécié cette interview et qu’elle t’a donné des pistes pour ton enseignement au quotidien, tu peux également accéder aux interviews de Jean-Luc UBALDI https://www.epsregal.fr/eps-5-astuces-jl-ubaldi/ et Serge COLLINET https://www.epsregal.fr/5-astuces-serge-collinet-eps/ qui proposent leurs astuces pour faire progresser les élèves.

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Voici toutes les ressources EPS offertes par Twiggy 😉

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