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Des outils concrets pour améliorer la concentration des élèves: en EPS et en salle de classe

Des outils concrets pour améliorer la concentration des élèves: en EPS et en salle de classe

Trouves-tu qu’il est parfois difficile de canaliser l’énergie de certains élèves? Que tes classes sont très agitées par moments, notamment en fin de journée? Qu’il est parfois compliqué d’obtenir l’attention des élèves afin qu’ils écoutent et assimilent les consignes pour progresser?

Chaque enseignant-e vit « ces moments particuliers » durant une semaine de cours!

Mais certains outils permettent de canaliser l’énergie des élèves, les calmer afin qu’ils soient davantage connectés, concentrés, « focus » sur les apprentissages proposés. Ces outils peuvent être utilisés en cours d’EPS et également dans une salle de classe pour les autres matières. Ils peuvent aussi être très utiles en heure de vie de classe, en heure de devoirs faits, en accompagnement personnalisé.

Dans cette interview, Vanessa AUDEBERT-LASSERRE, professeure d’EPS et sophrologue nous propose des ressources très concrètes, directement utilisables au quotidien avec nos élèves pour favoriser un climat de classe propice aux apprentissages.

Comme d’habitude, 3 possibilités pour suivre cette interview: la vidéo YouTube (clique sur l’image juste en dessous), la bande son (clique sur le bouton Podcast de l’interview) ou sous forme d’article.

Relaxation EPS sophrologie

Tu souhaites écouter cette interview sous forme de podcast? Par exemple, dans les transports en commun ou pendant ton footing, pendant une balade dans la nature…Clique sur le bouton ci-dessous:

En EPS, en salle de classe pour les autres matières, en devoirs faits, en accompagnement personnalisé…des outils concrets pour améliorer la concentration des élèves

Régis GALEK : Bonjour à toutes et à tous. J’accueille aujourd’hui, pour une nouvelle interview, Vanessa Audebert-Lasserre, professeure d’EPS qui est depuis peu au Canada. Vanessa est aussi sophrologue et formatrice EPS, yoga, apprentissage et bien-être. Merci à toi Vanessa d’avoir accepté cette interview et de nous partager aujourd’hui des ressources concrètes tirées de ton expérience.

Vanessa AUDEBERT-LASSERRE : Bonjour à tous, bonjour de Montréal.

R.G : Pour contextualiser cette interview, nous avons échangé tous les deux la première fois sur le groupe Facebook EPS Mania autour de la relaxation et de la sophrologie. S’en est suivie une longue conversation téléphonique, pratiquement une heure et demie il me semble, durant laquelle on avait échangé sur nos pratiques professionnelles. Et ensuite, je t’ai invité à Nancy en octobre 2020 pour animer un week-end pédagogique dans le cadre de l’AEEPS. J’ai repris l’intitulé exact : « Les pratiques de bien-être : des outils concrets pour gérer la concentration des élèves et agir sur le climat de classe ». À la suite de ce week-end très enrichissant pour tous les collègues présents, je me suis dit que ce serait vraiment intéressant de partager ces outils avec les membres de ma communauté EPS Régal. Donc voilà pourquoi nous sommes là tous les deux aujourd’hui. Donc encore merci à toi.

V.A-L : Merci également à toi de faire cette interview.

R.G : Avec plaisir. Je te propose une interview en trois temps. Après t’être présentée, tu vas nous partager dans un premier temps des outils concrets pour gérer la concentration des élèves en cours d’EPS.

Dans un deuxième temps, des outils concrets pour gérer cette fois-ci la concentration des élèves en salle de classe. Donc là, ça va aussi concerner les professeurs d’autres matières, les professeurs des écoles ou les profs d’EPS qui pourraient intervenir dans le cadre d’une heure de vie de classe ou de devoirs faits, de l’accompagnement personnalisé.

Et on terminera, dans une dernière partie, sur la mutualisation de ces différents outils donc d’une manière plus globale au sein d’un établissement scolaire. Est-ce que ce plan te convient pour attaquer cette interview ?

V.A-L : Parfaitement.

R.G : Super. Est-ce que dans un premier temps tu peux te présenter pour que les collègues ou futurs collègues qui nous regardent puissent mieux te connaître ?

V.A-L : Donc je suis Vanessa AUDEBERT-LASSERRE. Comme tu l’as dit, je suis professeur d’EPS, depuis 17 ans. J’ai fait du lycée, j’ai fait du collège et depuis peu, je suis à Montréal et je fais de l’école primaire et également de la maternelle. Donc ça c’est assez utile également, j’apprends pas mal de choses.

EPS et bien être

Je suis sophrologue depuis une dizaine d’années, formatrice en sophrologie dans mon école et puis je suis intervenue dans l’Académie de Versailles en tant que formatrice académique sur l’EPS notamment en termes de yoga, relaxation, gestion de classe. Mais aussi auprès de l’ensemble des collègues sur des problématiques d’apprentissage de gestion de classe. Et auprès des collègues infirmières de l’Académie de Versailles sur la gestion du stress pour les enseignants et pour les élèves. Voilà un peu le cursus, le curriculum.

R.G : Avec une nouvelle expérience depuis quelques mois à Montréal, très enrichissante aussi je suppose pour l’EPS et une vision un peu différente de la France.

V.A-L : Oui et où l’EPS notamment en école primaire est enseignée par des enseignants d’EPS spécialistes qu’on appelle donc comme chez nous au secondaire, c’est la petite particularité.

R.G : Cela est vraiment très bien !

En préambule, avant de nous partager des outils concrets pour le cours d’EPS, tu souhaitais dire quelques mots par rapport aux pratiques de bien-être à l’école qui parfois pourraient être mal interprétées.

Les pratiques de bien-être à l’école: des supports pédagogiques pour développer des compétences chez les élèves

V.A-L : Oui cet été, au mois de juin, on a la Ligue des Droits de l’Homme qui a effectivement sorti un papier sur la méditation et le yoga, notamment dans le cadre scolaire et qui alertait sur ces pratiques. Ça avait été repris également par la Miviludes qui est l’organisme de veille des pratiques sectaires. Et cela a été également repris par Eduscol en août 2021. Ce sont juste pour l’instant des alertes, ce ne sont pas des interdictions. Mais c’est vrai que, du coup, les pratiques de méditation, de yoga et plus généralement de bien-être peuvent questionner quand on les pratique au sein de l’école. Cela pose question notamment sur la laïcité, sur les questions également d’autonomie des élèves.

Donc, même si je suis sophrologue, quand j’interviens dans le cadre scolaire, je n’interviens pas en tant que sophrologue réellement. Mais j’interviens en tant qu’enseignante, qui va développer, grâce à des outils pédagogiques certes inspirés de la sophrologie, des compétences chez les élèves. Par exemple, je vais utiliser des exercices de respiration pour permettre de développer la compétence « gérer le stress ». Donc l’idée n’est pas forcément de dire que je fais une pratique de sophrologie, de méditation, de yoga etc. (encore que le yoga c’est discutable parce qu’en EPS ça a été introduit dans les APSA maintenant au lycée) mais que j’utilise des outils pour développer des compétences.

Donc là on va parler plutôt de la compétence « concentration ». On peut aussi avoir la compétence « gestion du stress ». On peut avoir la compétence « gestion des émotions ». On peut avoir la compétence « connaissance de soi », utile pour aller développer ensuite le projet professionnel par exemple.

Voilà je voulais insister dessus parce qu’il y a quand même une polémique et une petite tension sur l’école et ces pratiques de bien-être. Donc si vous les utilisez, pensez vraiment à poser un cadre clair pour tout le monde. Et ce cadre toujours en termes de compétences et référencé dans les textes, parce qu’elles sont développées dans les textes, ces compétences psychosociales. Donc là, ça pose un cadre de travail qui vous permet de justifier ce que vous faites professionnellement.

R.G : Très bien, tu fais bien de préciser. C’est vrai que certains élèves ou certains parents d’élèves aussi pourraient s’inquiéter quand on commence à parler de relaxation ou de méditation, si on prononce ce mot ! Donc tu fais bien de le repréciser et de dire que le prof d’EPS utilise des outils au service du développement de compétences si on résume ce que tu viens de dire.

V.A-L : Exact, c’est tout à fait ça !

Première partie : Des outils pour gérer la concentration des élèves en cours d’EPS

R.G : On attaque la première partie avec des outils concrets pour gérer la concentration des élèves en cours d’EPS. Nous allons aborder dans cette partie deux moments importants du cours d’EPS. A savoir le début et la fin du cours (donc la sortie des vestiaires puis le retour aux vestiaires) et également un autre moment important : celui où on est amené à transmettre des consignes. Tu souhaitais vraiment insister sur ces deux moments importants du cours d’EPS.

V.A-L : Oui, si ça a été scindé en deux parties c’est parce que ça fait appel quelque part à deux compétences différentes. Le début du cours-fin du cours, c’est plutôt une compétence de gestion de classe. Où les élèves vont apprendre à réguler leurs tensions corporelles, à utiliser la respiration pour se calmer, à utiliser un temps au début du cours pour identifier dans quel état ils sont : émotionnel, corporel, respiratoire et cognitif aussi.

Il y a un deuxième temps qui est une autre compétence quand on donne les consignes. C’est la compétence de se mettre en situation de concentration. C’est-à-dire en situation de pouvoir comprendre pleinement la consigne qui a été donnée. Donc c’est pour ça que je préfère scinder les deux. Une compétence plus de gestion de soi, gestion de classe et une compétence plus d’apprentissage on va dire.

R.G : Très bien. Donc on peut démarrer avec la première compétence sur la gestion de classe, gestion de soi.

Des outils pour le début du cours d’EPS

V.A-L : Exact. Donc sur cette première compétence déjà, il y a le moment du début du cours. On sait tous que c’est un moment de transition qui n’est pas forcément simple à gérer. Entre les vestiaires, le début du cours, les élèves qui ne sortent pas du vestiaire en même temps, l’agitation qui peut y avoir au début du cours, etc.

Donc là je vais vous proposer trois outils qui ne sont pas forcément à utiliser tels quels. Il y a peut-être un travail didactique ou pédagogique à faire pour que ce soit utilisable dans vos classes. Il n’est pas forcément nécessaire d’utiliser les trois. Vous pouvez utiliser un seul outil, le mieux adapté. L’idée c’est que ces outils ensuite, vous les matérialisez, ça c’est l’idéal. Donc je vais vous proposer comment on peut les matérialiser. Matérialiser, ça veut dire utiliser un outil concret, un support.

La deuxième chose c’est que ça peut prendre un petit peu de temps, par exemple dès le mois de septembre, pour trouver vraiment ce qui fonctionne avec vos classes. L’idée ensuite c’est de créer une routine avec ça c’est-à-dire qu’on va toujours faire la même chose. Donc par exemple si on prend le début du cours, je peux vous proposer trois choses qu’il est possible de faire :

Premier outil : la météo personnelle

CAPEPS externe EPS

La première c’est que lorsque les élèves sortent des vestiaires, ils puissent prendre « leur météo ». Prendre sa météo, c’est quoi ? C’est s’asseoir en position plutôt tranquille, plutôt les jambes repliées, peut-être les mains sur les genoux. On n’est pas en posture de méditation, ce n’est pas du tout l’idée ! C’est juste être calme et en position de ce qu’on appelle d’écoute et d’écoute de soi.

Là on peut utiliser un petit outil où on va voir par exemple plusieurs smileys et sur cet outil un petit trombone. Je vais essayer d’écouter comment je suis dans mon corps puis je vais faire naviguer le trombone pour trouver le smiley qui correspond à mon état là maintenant : est-ce que je suis énervé ? Est-ce que je suis plutôt calme ? Que se passe-t-il dans mon corps ? etc. pour pouvoir trouver le bon smiley. Alors pourquoi cet outil est efficace ?

Parce qu’en fait, quand on prend conscience de son état, tout de suite déjà, il y a quelque chose qui se passe pour le réguler. Alors que si on n’a pas conscience de son état, on va toujours agir en réaction face aux propositions qui vont nous être données, en réaction aux autres, en réaction au contenu du cours, en réaction à l’enseignant, voilà. Ce ne sont pas forcément des choses qui sont toujours contrôlées.

Donc prendre juste ce moment pour pouvoir voir où j’en suis dans mon corps, dans ma tête, ça permet souvent d’apaiser tout de suite les choses. Les élèves arrivent en différé du vestiaire donc ils peuvent faire ça en différé. C’est-à-dire qu’ils arrivent et hop, ils prennent leur petite plaquette de météo, ils prennent le temps de s’asseoir, ils voient où ils en sont au niveau de la météo et ça permet de réguler aussi l’arrivée au fur et à mesure des élèves.

R.G : Donc chacun a sa petite plaquette, c’est bien ça ?

V.A-L : Exact et pour que ce soit plus concret, voilà un exemple.

Ce qui est intéressant dans cette proposition, c’est que vous pouvez très bien découper juste les smileys avec les chiffres et puis le global. Ou bien aller carrément dans quelque chose de très détaillé. Quand je suis en smiley vraiment vert éclatant, que tout va bien c’est que j’ai un corps détendu, c’est que c’est plutôt une émotion de joie, de plaisir, c’est que j’ai envie de sauter, de jouer, de rire, de danser.

Entre parenthèses, ça peut être quelque chose aussi qui est très intéressant à utiliser tel quel, si vous avez des cycles du champ d’apprentissage 5. En effet, dans les activités du champ 5, il faut réfléchir sur son ressenti. Donc ça peut très bien être utilisé aussi pour ces activités-là. Et vous pouvez mettre un trombone. L’idéal en fait c’est que cette feuille-là soit plastifiée. Et ensuite vous mettez un trombone et l’élève va, en début du cours, placer son trombone sur la météo qu’il pense être celle qui le représente.

On peut aussi être amené à réguler dans le cours certains comportements d’élèves. Par exemple, un élève qui est très agité dans le cours, on peut lui dire: « Ecoute là je pense que tu es très agité. Est-ce que tu peux aller prendre une pause, t’asseoir en position d’écoute, reprendre ta plaquette météo et voir où est-ce que tu te situes ? Et puis quand tu auras pris une pause, quand ta météo est revenue à quelque chose d’acceptable pour pratiquer en sécurité et de manière optimale, tu peux refaire évoluer ton trombone et revenir à l’activité. »

Donc ça peut être aussi un outil de régulation.

R.G : Donc chacun a bien sa plaquette qu’il pose à un endroit juste avant de démarrer le cours d’EPS.

V.A-L : C’est ça, voilà. L’avantage quand c’est plastifié, c’est qu’au crayon effaçable on peut écrire le prénom et l’effacer pour le cours d’après. C’est une petite astuce, ça évite d’en faire on va dire 250 pour 250 élèves ! On en fait juste 35 par exemple, on peut même en faire la moitié en divisant le A4 par 2. On en fait 2 sur du A4 et du coup ça permet de faire moins de photocopies !

Si on n’a pas envie d’utiliser une plaquette, si vous avez un écran TBI, ça peut très bien être quelque chose qui est projeté à l’écran. Et l’élève va essayer de se situer sans pour autant le matérialiser. Mais moi, j’aime bien la matérialisation parce que c’est une vraie prise de conscience chez l’élève. Et en plus, on peut l’utiliser en régulation tout au long du cours.

R.G : Et puis toi tu peux le voir aussi. Donc, le prof peut le voir.

V.A-L : Exact, oui. Après il faut dire à l’élève que ce n’est pas un outil d’évaluation pour le prof. Donc l’enseignant peut voir et rentrer dans une discussion avec l’élève. Mais l’idée c’est qu’il ne récupère pas ça et ne va pas pratiquer une évaluation là-dessus. Parce que là, ça casserait du coup le lien de confiance.

Mais effectivement l’enseignant peut aller voir et peut travailler avec l’élève justement tout au long de son cours cette météo au quotidien. Donc ajustez en fonction de vos élèves et peut-être qu’en 6ème les smileys et quelque chose de général suffit. Peut-être qu’avec des ados, quand on commence à rentrer dans l’adolescence en 4ème, 3ème ils ne savent plus du tout comment ça se passe. Ils vont vous dire que tout va bien ! Donc peut-être que là il faut enrichir le vocabulaire et l’utiliser de manière plus détaillée. Dans le cadre du lycée également. Voilà on a plein de façons de faire.

R.G : En faisant le lien par exemple comme tu disais avec le champ d’apprentissage 5. Notamment par exemple avec la musculation par rapport au ressenti, la course en durée etc.

V.A-L : Oui exact. Et également, vous pouvez le relier au niveau des compétences au collège, car il n’y a pas de champ 5. Mais quand même, dans les textes, il y a un certain nombre de compétences à développer chez les élèves. Des compétences de conscience de soi, des compétences de relation avec les autres, des compétences d’apprentissage. Et en fait, ça peut rentrer complètement dans un outil pratique et dans du contenu qui permet de développer ces compétences. Parce que souvent on est un peu démuni, on ne sait pas trop… Oui il faut développer la relation aux autres alors on a des outils dans l’arbitrage par exemple, dans le fair-play, dans tous ces outils-là mais là ça peut apporter une autre dimension en fait, des choses concrètes. Des contenus pour vraiment aller travailler ces compétences.

R.G : Très bien merci pour ce premier outil de la météo intérieure.

Deuxième outil : la respiration par l’escargot et les cartes de respiration

V.A-L : Oui alors le deuxième, là on va rentrer dans ce que ce que tout le monde connaît : c’est un outil de respiration. Mais j’ai choisi un outil de respiration parce que je voulais alerter un peu sur l’utilisation de la respiration. On utilise souvent la respiration ventrale, on dit que c’est pour calmer, pour relâcher etc. Il faut effectivement faire de la respiration ventrale, c’est l’idéal mais ça s’adresse à des gens qui sont quand même très avancées dans la compétence « savoir respirer » ! Des gens qui sont capables d’avoir une certaine expertise là-dedans.

Et ça demande notamment d’avoir l’expertise de « relâcher son diaphragme ». Si on demande à des gens qui ne savent pas relâcher leur diaphragme de respirer en ventral, ils vont gonfler le ventre mais ils ne respirent pas réellement en ventral. C’est-à-dire qu’ils ne vont pas pousser leur diaphragme donc ça, ce n’est pas forcément un outil pertinent pour nos élèves si on ne leur apprend pas d’abord à relâcher le diaphragme et à travailler la respiration. Et ça, ça va prendre un certain temps.

Donc si on est en gestion de classe, il y a d’autres outils de respiration qui peuvent être beaucoup plus faciles à mettre en place. La respiration ça fonctionne avec le système nerveux donc là je vous renvoie vers la cohérence cardiaque. Il y a une interview que tu avais faite précédemment avec Luc JOSPIN sur le sujet : https://www.epsregal.fr/gerer-son-stress-avant-oraux-capes/

oraux CAPEPS gestion stress

Quant à moi, je vais vous donner d’autres outils. Juste rappeler qu’agir sur le rythme, la fréquence respiratoire, c’est agir sur le système nerveux et sur la fréquence cardiaque. Donc si je prends le temps de calmer la respiration des élèves, leur faire prendre un rythme plus lent quand les élèves arrivent au début du cours, je vais jouer sur leur système nerveux.

Et je vais quelque part « désexciter » leur système nerveux et donc ils vont apprendre à calmer leur état et leur tonus. Vous savez très bien que quand ils sont dans les vestiaires, il y a de l’excitation et quand ils sortent, ils sont excités. Personnellement, j’ai des souvenirs de cours d’EPS en gymnastique avec mes élèves où ils sortaient et là il y avait du matériel partout et leur premier réflexe c’était d’aller sauter sur les barres asymétriques et les poutres donc vous imaginez bien là le stress de l’enseignant ! Rires

R.G : On a tous vécu ça au moins une fois ! Rires

V.A-L : Moi aussi je l’ai vécu (rires). Donc, en fait là, ce qu’on peut leur dire, c’est de rentrer dans la salle, on cadre en disant « Tu ne touches pas au matériel parce que tu n’es pas en état de faire ça en sécurité. Tu vas utiliser un moment d’abord pour te mettre en tonus, plus calme pour pouvoir écouter les consignes et ensuite pouvoir utiliser le matériel de manière sécuritaire ». Pour cela, je vous propose un petit outil de respiration.

L’idée c’est d’avoir une respiration régulière, c’est-à-dire inspirez sur trois temps et soufflez sur trois temps. Souvent pour les élèves, quand il y a de la cohérence cardiaque, quand on leur dit de faire un exercice, ils ont du mal à le faire. Parce que souvent, c’est difficile de se connecter à la respiration. Là encore, quand on passe par un outil pédagogique où les élèves suivent avec le doigt, ils ne vont plus se concentrer sur l’acte de respiration mais sur suivre avec le doigt. Et du coup, ça leur permet d’être moins en stress par rapport à cette respiration. La respiration ça peut être anxiogène. Donc là, si vous voulez bien je vais à nouveau vous partager ce petit outil : c’est l’outil escargot. C’est vraiment un outil qui est très accessible.

V.A-L : L’élève va mettre le doigt sur « inspire ». Ensuite il va compter 1, 2, 3, là il prend de l’air avec le nez. Et ensuite il arrive sur « expire » avec son doigt. Là, il sait qu’il doit souffler, soit par le nez, soit par la bouche peu importe. Ce qui est le plus agréable pour lui. Donc il va souffler sur 1, 2, 3 temps. « Inspire » 1-2-3, « Souffle » 1-2-3, « Inspire » 1-2-3, « Souffle » 1-2-3, « Inspire » 1-2-3, « Expire » etc. L’exercice est terminé. Il n’y a pas besoin forcément de faire énormément de temps d’exercice.

Après on peut individualiser. Par exemple, si je sens que je suis très excitée, ça veut dire qu’il va falloir que je fasse l’exercice peut être trois fois. Si je suis moins excitée, je vais peut-être le faire une fois, voilà. Donc ça c’est intéressant parce que ça va développer l’autonomie des élèves aussi.

R.G : Donc je peux faire un seul escargot ou je peux en faire 2 ou 3…

V.A-L : Exact, je peux faire une fois l’escargot, je peux faire 2 fois l’escargot, 3 fois, 4 fois, 5 fois etc. Et ça peut être, également, encore une fois, un outil de régulation pendant le temps de cours : « Non là ça ne va pas, je vois que tu es très excité, va me faire un escargot et ensuite revient ». Ça permet en fait de ne pas mettre tout de suite une sanction à l’élève. «  Tiens je suis excité, j’ai besoin de faire quelque chose parce que sinon je ne me mets pas en sécurité » ou « Je ne me mets pas en apprentissage optimal ». Cela évite la sanction directe, la croix dans le carnet, etc.

R.G : Ou l’exclusion de cours ! Il y a des choses à faire avant…

V.A-L : Exact, c’est ça. Mais une fois qu’on a proposé cet outil à l’élève, si malgré ça il n’y arrive pas, c’est peut-être qu’il y a autre chose. Est-ce que c’est lui qui est en volonté de perturber ? Est-ce que c’est lui qui ne comprend pas ? Il y a autre chose à régler peut-être ailleurs. Et là, effectivement on va faire appel à un autre professionnel.

Donc ça permet aussi d’échelonner les sanctions et ça permet aussi d’avoir un climat de classe global qui va être assez serein. Parce qu’on a une proposition à chaque problématique : premier degré, on va réguler, on va essayer d’expliquer. Deuxième degré, on fait comprendre que ça vient peut-être du fait que je ne fais pas trop attention à moi et à comment je suis donc on va essayer d’aider à être plus conscient de soi. Troisième niveau et bien là, il y a un autre problème qui est ailleurs. On va aller chercher une sanction, échelonner, une discussion avec le prof principal, avec le CPE. Et puis, si ça ne marche pas encore, ça va être les parents. Et puis, si ça ne marche pas encore, ça va être avec la Direction, etc.

Donc ça peut être intéressant pour les élèves aussi car cela crée un climat qui va être sécuritaire. Parce qu’on a expliqué les comportements qui n’allaient pas, on a permis de les réguler, on a permis de mettre une échelle de sanctions qui était claire donc les élèves vont se sentir en sécurité. Donc dans le cours, il va y avoir moins de tension aussi. Je ne dis pas que ça va être magique et vos cours vont se passer merveilleusement, je n’ai pas dit ça (rires). Mais c’est à utiliser et à tester et ça peut être combiné avec la météo intérieure aussi. C’est-à-dire « Regarde ta météo, elle est où ? Ah tiens, elle est dans le rouge, va me faire un petit escargot-là ».

R.G : Peut-être un peu plus qu’un si on est vraiment dans le rouge !

V.A-L : C’est ça. Si vous voulez travailler des compétences propres à la respiration, par exemple, on peut se dire qu’à chaque cours d’EPS en début d’année, on va le mettre en place. Parce qu’après, on va pouvoir le réutiliser pendant toute l’année. En début d’année, consacrez 10 minutes en début de cours ou en fin de cours, comme vous le sentez, en fonction aussi des activités que vous avez avec vos élèves. Parce que peut-être que dehors c’est moins simple, peut-être que dedans c’est plus simple. Mais programmez-vous, disons dans le premier trimestre, peut-être 10 minutes où vous allez travailler la compétence « respiration » par exemple.

Pour cela, je vais vous partager juste après des petites cartes. Il peut y avoir différents exercices qui vont travailler la respiration. Une fois que vous les avez travaillés avec vos élèves, vous allez pouvoir les mettre en place. C’est-à-dire qu’à la place de l’escargot, vous allez avoir un jeu de cartes respiration. Et si l’élève a besoin de se calmer, il va pouvoir aller s’asseoir dans un espace identifié. Il va pouvoir choisir la carte (déjà travaillée avec vous) et il va utiliser cette carte pour se réguler et ensuite revenir aux apprentissages. Je vous donne un exemple de cartes à utiliser.

relaxation EPS

R.G : Donc là c’est le troisième outil c’est ça ?

V.A-L : Alors ça rentre dans l’outil respiration. Il y aura une dernière catégorie d’outils qui est davantage sur les tensions qui est peut-être plus adapté à certains profils. Là c’est vraiment dans le cas de la respiration. Comment est-ce qu’on peut mettre du calme en début de cours ? Et utiliser cela ensuite pour réguler la concentration et la gestion de classe sur toute l’année.

En fait, ce sont des petites cartes où, à chaque cours, on va faire un exercice. Et ensuite l’élève pourra utiliser les cartes. Vous avez toujours les cartes avec vous dans vos classes et pour les utiliser, c’est l’élève qui choisit la carte qui est la plus appropriée. Par exemple on va avoir la carte du gâteau d’anniversaire, ça utilise la respiration et la visualisation. Pour la respiration profonde avec la main, on peut avoir les yeux ouverts. La respiration de l’étoile, c’est un peu comme l’escargot.

Donc ces cartes utilisent différentes choses : de la visualisation, de la respiration on va dire « classique », de la respiration avec du corps. Un élève va peut-être être plus à l’aise avec de la visualisation, avec les yeux ouverts. Donc chacun va s’approprier l’outil qui lui convient le mieux. Ce qui est intéressant, c’est qu’on fait de la pédagogie différenciée quelque part. On rend l’élève autonome parce qu’il a le choix.

R.G : Et après en fonction de ses préférences, il va pouvoir choisir telle ou telle carte.

V.A-L : Exactement.

Troisième outil : relâcher la tension par les exercices physiques

ecrit CAPEPS interne

V.A-L : Je vais vous présenter le dernier outil qui peut être intéressant en début de cours si vous avez des élèves qui sont vraiment sur la tension. Par exemple, on l’a tous vécu en EPS, ce dernier cours, les deux dernières heures de la journée, les élèves arrivent dans un état d’excitation assez problématique. Dans ce cas, on peut faire la météo en montrant que là on est dans un état de tonus important, que dans le corps c’est tendu. On a, par exemple, les épaules hautes, les bras très tendus, les poings qui sont serrés, etc.

On peut faire un petit exercice qui permet de relâcher les tensions très simplement.

Les bras le long du corps, on serre les poings, on monte les épaules, on est très contracté et ensuite on souffle en relâchant. Donc on peut avoir ce petit exercice de début qu’on peut faire dix fois. Il peut même être un prélude à l’échauffement. Parce que là on va travailler les tensions et le relâchement du corps. Et ça permet de relâcher les tensions et aussi de préparer le corps donc ça peut être introduit dans une routine d’échauffement.

Ça peut être intéressant parce qu’on décharge au niveau du tonus. En effet, JACOBSON (c’est lui qui avait trouvé ça) a montré que quand on contracte le corps à l’extrême, il n’a qu’une envie, c’est d’aller chercher l’extrême inverse c’est-à-dire le relâchement. Donc quand on va mettre une tension importante dans le corps, juste après quand on relâche, le corps va se relâcher. Et ça va nous amener à un équilibre de tension.

Ce qu’il se passe c’est que quand vos élèves sont en état corporel de tension importante, ils sont incapables de se mettre en état de concentration et de rester assis sans bouger. Donc si on ne leur offre pas ce moment pour décharger, on ne peut pas leur demander d’être assis, de pratiquer un exercice de respiration, ça ne marchera pas.

Donc en fonction de comment sont vos élèves, du profil des élèves, du moment peut-être dans la journée, vous pouvez utiliser l’un des outils proposés avant l’autre. Vous pouvez aussi combiner les outils. Et les utiliser ensuite au fil du cours en régulation par exemple. Si je vous répète l’outil : il s’agit de mettre les bras le long du corps, on peut prendre de l’air avec le nez, on va garder l’air à l’intérieur des poumons, on va serrer les poings, tendre les bras monter les épaules. Donc là on a les avant-bras et le tronc qui sont vraiment contractés et ensuite en soufflant, on va pouvoir relâcher.

On peut souffler progressivement, ça va aller plus profond dans le relâchement. Ou on peut souffler d’un coup sec et là ça va être plus pour des profils d’élèves qui sont peut-être agressifs. L’idée c’est d’évacuer la colère. Donc souffler lentement c’est plus pour relâcher en profondeur. Souffler d’un coup sec, c’est plus pour lâcher des émotions type agressivité ou colère. On peut aussi d’abord lâcher l’agressivité sur les trois premiers et ensuite en faire entre trois et sept autres où on va souffler de plus en plus lentement et relâcher de plus en plus lentement.

R.G : Donc ce serait davantage pour les élèves qui sortent du vestiaire et qui sont vraiment très excités. En général, c’est ce qui arrive la plupart du temps. Et si on prend l’extrême inverse maintenant qui arrive moins souvent, on est d’accord. Il est huit heures du matin les élèves sont un petit peu amorphes. Cette fois-ci, ils sont plutôt calmes mais faut les réveiller un petit peu. Est-ce que tu aurais quelque chose à proposer dans ce cas-là ?

V.A-L : Alors dans ce cas-là (c’est une très bonne remarque !) et, même je dirais pour les ados à partir de 14-16 ans, qui tout au long de la journée sont dans un état de motivation et corporel qui effectivement…

R.G : Qui ont un électrocardiogramme pratiquement plat ! Rires

V.A-L : En fait on peut utiliser le même exercice que précédemment. On tend et on relâche les épaules mais là on va faire un exercice dynamique c’est-à-dire qu’on va faire du pompage d’épaules. C’est simplement monter et descendre les épaules. Sur le même principe, on va prendre de l’air avec le nez, garder l’air et là ici on va monter et descendre les épaules puis on va souffler d’un coup sec.

On peut donc demander aux élèves de souffler plusieurs fois mais pas au-delà de 5 parce que sinon ça peut faire tourner la tête ! Le fait de souffler, d’inspirer par le nez et de souffler par la bouche dans un premier temps c’est plus facile, ça va réveiller le cognitif et ensuite si on le fait avec le corps ça va réveiller le tonus.

Par exemple, quand les élèves arrivent et s’assoient le matin à 8 heures, on va leur demander de se lever et on va réveiller le tonus. Donc là il y a cet exercice de pompage et même avant on peut faire quelque chose de très simple. Il s’agit de s’étirer tout simplement avec la respiration : j’inspire, j’étire, je souffle, je relâche. Et ensuite on peut mettre quelque chose de dynamique. Ce peut être déjà le début de l’échauffement. C’est ça qui est intéressant, c’est de l’intégrer dans la routine de l’échauffement. Ça va dans ce qu’on a l’habitude de faire en EPS.

R.G : Oui c’est vraiment la transition de début du cours et le début de l’échauffement.

V.A-L : Oui exact donc c’est une routine qui est vraiment facile à mettre en place pour le coup.

R.G : Merci beaucoup déjà pour tous ces outils, on a déjà de quoi faire ! On a des choses à tester avec nos différentes classes.

Des outils pour la fin du cours

V.A-L : Exact. Il y a juste un dernier petit point. Parce que là, on a beaucoup parlé du début du cours mais il y a aussi la fin du cours. A la fin du cours, on peut aussi jouer sur le tonus. Par exemple, on peut faire allonger les élèves et à ce moment-là on peut effectivement reprendre un exercice de respiration.

On peut prendre également quelque chose de très simple c’est-à-dire une musique de la nature très calme (vous en trouvez très facilement sur YouTube). L’idée c’est que vous avez le son de la nature derrière : l’eau, le vent par exemple. Vous pouvez aussi varier les contextes. Par exemple, une fois ça va être le vent en forêt et une fois ça va être l’eau etc. Faut faire attention avec l’eau parce que ça peut être anxiogène pour certains élèves qui sont en phobie de l’eau. Donc prenez le temps de demander à vos élèves si c’est correct avec le fait d’entendre le bruit de l’eau parce que quelquefois on peut être phobique avec l’eau mais aimer quand même le son de l’eau donc à voir…

R.G : On va avoir du mal à se détendre si on a une phobie de l’eau et qu’on entend le son de l’eau…

V.A-L : Exact. L’idée c’est pas d’aller dans quelque chose qu’on voit souvent c’est-à-dire allonger les élèves, faire une méditation etc. N’allez pas forcément là-dedans. Allez simplement dans le fait que vous les faites changer de posture. C’est-à-dire qu’on va avoir un tonus relâché parce qu’on est en position allongée. Et ensuite vous mettez ce son et vous leur demandez de fermer les yeux et simplement de ne pas bouger le haut du corps. Ne pas bouger le bas du corps. Et ensuite de mettre la main sur le ventre et de voir comment ça bouge. C’est simple peut-être pas plus compliqué que ça. Et mettez-le en routine.

Si vous êtes dans le gymnase type Badminton etc. ça va peut-être être compliqué pour eux de s’allonger. On peut faire la même chose assis en position d’écoute, soit les jambes repliées, soit même sur les genoux, les fesses sur les talons, ça peut être intéressant pour avoir la posture droite du dos, laissez les élèves trouver une position qui va être agréable pour eux.

En revanche, si on est allongé, il faut éviter d’être sur le côté, éviter d’être plié en boule parce que là le diaphragme n’est pas libéré donc du coup la respiration va être moins sympa. S’ils sont allongés sur le dos, pensez également à leur demander de remonter les genoux si c’est plus agréable pour eux parce que quelquefois au niveau du dos quand on a les jambes allongées, si on a une grosse cambrure au niveau des lombaires, ça peut ne pas être agréable. Et l’élève peut alors bouger et ne va pas aller dans le relâchement.

Simplement si vous faites ça, prévoyez du temps parce que derrière vos élèves vont être tellement relâchés qu’ils ne vont plus avoir le tonus ! Donc il va falloir quand même avoir un petit moment pour les stimuler avec les exercices qu’on a vus précédemment que ce soit un étirement, une contraction ou encore un pompage. Mais prenez le temps de faire ça parce que sinon ils vont être complètement dans le gaz et ce n’est pas terrible pour le cours d’après et les apprentissages ! Rires

Encore une fois ma démarche c’est de vous proposer des choses qui sont vraiment simples. Là vous voyez il n’y a pas besoin de dire « Je fais de la méditation », il n’y a pas besoin de dire « Je fais un exercice de yoga » …

Evitez que vos élèves prennent des postures un peu stéréotypées, de mettre les mains comme ci ou comme ça, ça ne sert strictement à rien.

On n’est pas là pour imiter une pratique culturelle ! Certes ça va les initier à ces pratiques culturelles autres, ça va développer aussi leur esprit critique sur ce qu’ils vont pouvoir trouver à l’extérieur.

On va développer leur esprit critique aussi, au même titre que ce qui s’est passé sur tout ce qui était cross-fitness, tout ce qui était musculation etc. C’est la même démarche. Donc n’allez pas chercher midi à quatorze heures, utilisez ces outils simples, ne parlez pas de sophrologie, ne parlez pas de méditation.

R.G : On peut parler juste de respiration, de posture, ça on a le droit!

V.A-L : Exactement, on a le droit de parler de respiration, de posture, de tonus du corps, de sentir son corps. Cependant, en EPS pour moi on a un vrai travail à faire sur la perception du tonus de son corps : c’est quoi être tendu ? C’est quoi être relâché ? Ça fait partie de notre travail.

Aujourd’hui pour la population, maintenant souvent en télétravail, c’est une vraie problématique. Les gens sont souvent tendus, ils ne savent plus ce qu’est un corps relâché. Et ils ne savent pas ce qu’est un corps tendu. Donc on va amener nos corps dans l’extrême tension jusqu’à la douleur (lombalgies, toutes les douleurs chroniques, les troubles musculosquelettiques).

C’est un vrai problème aujourd’hui et simplement parce qu’on n’a pas appris à sentir que son corps était déjà dans une tension, ce qui est normal ou ce qui est ergonomique pour lui. Donc je pense qu’on a quelque chose à faire avec nos élèves sur les préparer à ça pour qu’ils soient mieux aussi dans l’avenir, qu’ils aient des repères en fait et qu’ils soient conscients un peu plus de ça.

R.G : Je suis tout à fait d’accord avec toi. On va enchaîner, c’est vrai que c’est très intéressant mais le temps passe aussi. Est-ce que tu peux nous proposer des outils pour se mettre en situation de concentration ? Là on a vu ce qui se passait au début et fin du cours. Et maintenant, si je veux transmettre une consigne, qu’est-ce que je peux faire à ce moment-là pour qu’ils soient attentifs ?

Optimiser l’apprentissage des élèves lors de la transmission des consignes

V.A-L : Donc pour transmettre une consigne, là on est plutôt sur comment je vais optimiser l’apprentissage des élèves. L’idée déjà c’est que quand on va délivrer la consigne, les élèves doivent être dans une position d’écoute. Donc l’idée c’est par exemple (on le fait tous) c’est de les asseoir, si on leur a appris la position d’écoute au départ on peut leur demander de se mettre dans une position d’écoute. Si on les a allongés au sol, ils ne vont pas bien comprendre la consigne parce que leur cerveau n’est pas dans une position optimale, c’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’on peut :

  • Expliquer ce qu’on va faire, on va utiliser de l’auditif.
  • Démontrer ce qu’on va faire, là on va toucher le visuel.

Et il y a aussi le kinesthésique qu’on oublie. Comment est-ce qu’on peut faire pour ça ? On peut ensuite demander aux élèves de fermer les yeux et d’essayer de se rappeler de la consigne. Soit en voyant la démonstration qui a été faite. Soit en entendant la voix c’est-à-dire qu’on se rappelle les consignes via la voix. Donc là, les élèves vont développer des stratégies qui leur sont propres.

Une fois qu’on a fait ça, on demande à l’élève de réexpliquer. Et là on va percevoir si la consigne qu’on a donnée est explicite.

Souvent le problème c’est qu’on donne une consigne aux élèves mais ils comprennent autre chose. C’est un premier problème d’attention : est-ce qu’ils ont été en position d’attention? S’ils ne l’ont pas été, on les a perdus. Deuxième problème, c’est un problème de compréhension : est-ce que c’est explicite ou pas ? Donc en fermant les yeux, en essayant de se remémorer, ils peuvent se rendre compte s’ils ont compris ou pas la consigne. Et s’ils n’ont pas compris, il faut juste qu’on réexplique ou qu’un de leurs camarades leur réexplique.

La troisième chose c’est de fermer les yeux et se sentir en train de faire l’exercice. Par exemple, le dégagé en badminton. Alors là peut-être que les élèves ne vont pas forcément être assis, ils seront plutôt debout. Comment est-ce que le dégagé va être expliqué ? On va le montrer mais dans ce qu’on va montrer on va aussi donner des consignes sensorielles aux élèves, comme par exemple la position de la raquette : il faut qu’elle touche le dos. Par exemple, le bruit de la raquette, l’élève va pouvoir imaginer dans sa tête qu’il est en train de faire un dégagé. Et est-ce que, sans le faire mais comme s’il le faisait, il peut sentir que sa main va toucher son dos ? Est-ce qu’il peut voir la trajectoire de son volant ? Donc il y a une phase dans laquelle on va utiliser de la visualisation. C’est pour que les élèves comprennent bien le geste technique qu’ils vont faire ensuite.

On peut leur faire faire les yeux ouverts le geste et ensuite ils vont fermer les yeux et ils ne vont pas faire le geste mais ils vont se sentir en train de faire le geste. Et là, en fait, il est montré en imagerie mentale que le cerveau, quand on fait comme si, et bien il fait et développe un programme moteur exactement comme quand il fait dans la réalité. Donc ça peut être je pense très intéressant de développer ça avec nos élèves quand ils ont des gestes techniques à apprendre.

Pour récapituler :

  • Attirer l’attention des élèves : cette position d’attention.  Si les élèves sont très agités et manquent d’attention, par exemple on peut leur faire faire un exercice en position d’attention et un petit exercice de respiration qu’on a vu avec eux en début du cours pour calmer le tonus.
  • Expliquer la consigne : si c’est un exercice simple et qu’ils ont compris la consigne, on peut le mettre en place. Si vous expliquez un geste technique, on peut utiliser cet exercice de visualisation pour optimiser le programme moteur.

Voilà ça c’était un petit outil qu’on peut mettre en place et qui peut être très intéressant aussi.

R.G : OK très bien, merci. On peut passer à deuxième partie ou tu veux encore ajouter des choses sur la première ?

V.A-L : Juste dire que c’est un outil supplémentaire qui permettra de le placer au service des apprentissages et d’expliquer aussi aux collègues que cette histoire de visualisation s’explique très bien par les neurosciences aujourd’hui et par l’imagerie mentale. De plus, dans les études STAPS, on a déjà étudié nous aussi et utilisé la visualisation et l’imagerie mentale. Ce sont des choses qu’on a déjà vues. Et en fait, effectivement en sophrologie on l’utilise aussi, on est en imagerie mentale, on l’utilise aussi quand on fait de la préparation mentale pour les sportifs, etc. Ce sont des choses qu’on utilise déjà donc ce n’est pas quelque chose d’ésotérique qui sort là comme ça du chapeau. C’est vraiment un outil qu’on peut utiliser au service des apprentissages de nos élèves en EPS.

Deuxième partie : des outils pour gérer la concentration des élèves en classe

R.G : On passe à la deuxième partie Vanessa. On quitte le cadre du cours d’EPS maintenant et on entre dans une salle de classe, dans un établissement scolaire, un collège, un lycée ou un lycée professionnel. Quels outils le prof (pas forcément d’EPS) peut utiliser pour gérer la concentration des élèves en classe ? Même si, je pense, parmi les outils que tu as déjà proposés, on peut en réutiliser certains comme l’escargot, les cartes de respiration. Je pense qu’ils sont tout à fait utilisables aussi dans une salle de classe.

V.A-L : Exact. Les 3 outils : la météo, l’escargot, les cartes peuvent être travaillés par exemple en vie de classe et vous pouvez travailler une carte à chaque heure de vie de classe. Ça permet aux élèves ensuite de les réutiliser dans d’autres cadres. Cela suppose qu’il y ait une cohésion d’équipe. Parce que si vous faites ça avec vos élèves, que vous leur apprenez ça et qu’ensuite vous leur dites de l’utiliser quand ils en ont besoin en classe ou à l’extérieur mais que votre collègue ne comprend pas que l’élève prend une pause pour faire sa respiration, ça va être compliqué ! Ça suppose vraiment un travail d’équipe, un travail collectif pour que ce soit utile. Sinon il faut cadrer avec l’élève quand est-ce qu’il peut l’utiliser.

On peut donc utiliser la météo, on peut utiliser les cartes de respiration, on peut utiliser la tension, le relâchement. C’est très intéressant parce qu’on peut le faire sur une chaise. Je sers simplement mes poings si je ne veux pas que ce soit visible. Je n’ai pas besoin de monter les épaules. Mais simplement le fait de serrer les poings et de relâcher va me permettre de décharger ma colère. Et ensuite d’être plus disponible pour mes apprentissages dans le cours.

Si par exemple, je rentre de récréation et qu’il s’est passé quelque chose et que je suis vraiment dans un état de tension, simplement faire ça. Donc vraiment réutilisez ces trois éléments en classe, réutilisez la visualisation qu’on a faite pour un geste moteur, c’est valable aussi. C’est-à-dire que si je suis en position d’écoute, il faut que j’ai une certaine posture sur ma chaise.

méditation pleine conscience

Cela veut dire également que pour être en position d’écoute du cours, si je me répète dans ma tête la consigne qu’on me donne, avec la voix du prof et que je me rends compte qu’il y a quelque chose que je n’ai pas compris, ça veut dire que je dois lever le doigt pour poser une question. Donc on peut mettre en place toutes ces routines aussi avec les élèves et ça va participer aux apprentissages également dans les cours.

Ensuite, quels sont les territoires dans lesquels on peut le faire ? On peut le faire en vie de classe, on peut le faire sur le dispositif devoirs faits. Moi j’avais animé des choses sur la concentration sur les devoirs faits mais ça dépend de la politique de l’établissement. On peut le faire sur l’accompagnement personnalisé au lycée. On peut le faire aussi sur des projets c’est-à-dire qu’on définit qu’on a envie de faire un projet avec une classe et on prend du temps pour faire ça. Cela peut être des ateliers, on peut faire ça aussi dans le cadre de l’Association Sportive, pourquoi pas. On peut faire ça aussi dans le cadre de l’option EPS.

Voilà vous avez quand même des champs qui sont extrêmement ouverts pour pouvoir proposer des choses.

R.G : Oui tu parlais des heures de vie de classe etc., on pourrait imaginer aussi dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) au collège. Où on pourrait s’associer aux collègues de SVT voire à l’infirmière scolaire…

V.A-L : Exact et notamment je sais qu’en 5ème, les EPI sont sur le fonctionnement du corps c’est-à-dire le cœur et sur la respiration. Donc là il y a énormément de choses à faire avec des outils simples. Et c’est simplement écouter son cœur, simplement écouter sa respiration, comment elle varie à l’effort par exemple, quand je fais un exercice qui permet de diminuer mon système nerveux. Donc là par exemple en cohérence cardiaque, l’élève voit qu’il peut jouer sur son corps soit en augmentant son rythme cardiaque par l’exercice physique et ça a des conséquences positives sur sa santé soit en diminuant son rythme cardiaque et ça a des conséquences positives sur sa régulation nerveuse, tonus et concentration. Déjà ça, c’est vraiment utile. Je voulais par exemple illustrer, par rapport à ça, avec quelque chose que j’ai proposé en collège. C’était pendant le temps de la pandémie et quand on travaillait dehors en EPS…

R.G : On s’en souvient ! Rires

V.A-L : On s’en souvient oui ! Notre chef d’établissement nous avait proposé, quand il faisait vraiment très froid, de nous libérer certains cours du début et de fin de journée. Et moi, j’avais utilisé ces temps de cours pour pouvoir proposer à mes collègues d’intervenir dans les classes sur le thème de la concentration. C’est-à-dire un atelier pour les élèves en une heure pour qu’ils comprennent ce que c’est que savoir se concentrer. Pour ça j’ai utilisé une méditation de Christophe André donc là on fait attention par rapport à ce que j’ai dit au début parce qu’effectivement ça peut faire polémique ! Mais en fait je l’ai utilisée de manière pédagogique.

R.G : Une bande sonore de Christophe André tu veux dire et non pas une méditation de Christophe André ! Rires

Un exercice de concentration sur la respiration

V.A-L : La première chose que j’ai demandée aux élèves : est-ce que vous savez ce qu’est la concentration ? J’ai été très surprise de leurs réponses parce qu’ils étaient vraiment avancés sur le sujet. C’est-à-dire qu’ils sont capables de me dire : c’est faire focus sur des choses, c’est entendre la voix de l’enseignant, c’est ne pas faire de bruit, etc. Donc vraiment il faut faire appel à leur intelligence parce qu’ils en savent beaucoup, ça c’était la première chose.

La deuxième chose c’est que je leur ai proposé d’expérimenter quelque chose (en téléchargement à la fin de cet article). J’avais la bande-son de Christophe André « Suivre sa respiration ». Cette bande-son dure 12 minutes.

meditation à l'école

J’ai posé le cadre : cet exercice, vous n’êtes pas obligé de le faire, première chose. Ensuite vous pouvez le faire et si vous le faite, ça va vous permettre d’expérimenter dans votre corps et dans votre tête des choses. Mais si vous ne vous sentez pas à l’aise, vous n’êtes pas obligés de le faire. Vous pouvez avoir les yeux ouverts ou fermés. Si vous avez les yeux fermés, ça va augmenter l’effet de l’exercice. Vous pouvez parfois si vous avez envie de les ouvrir puis les refermer. Mais vous pouvez garder les yeux ouverts si vous n’êtes pas à l’aise avec ça. C’était la deuxième chose.

Troisième chose, si vous ne faites pas l’exercice, il faut quand même porter attention à ce qui est dit dans le texte parce que je vais vous poser des questions à la fin d’exercice et des questions évidemment sur la concentration. Une fois que c’est dit je les lance dans l’exercice de Christophe André.

Du début à la fin, vous n’avez rien besoin de rajouter, vous avez un petit gong au début qui permet de commencer l’exercice et un petit gong à la fin qui vous permet de terminer l’exercice. Une fois que l’exercice est terminé, vous pouvez laisser un temps aux élèves parce que là ils vont avoir besoin de retrouver un tonus. Vous pouvez leur dire qu’on va s’étirer comme si c’était le matin, on va pouvoir faire du pompage des épaules, on va pouvoir aussi se mettre debout et circuler dans la classe pour retrouver un tonus parce que là vous êtes dans le gaz ! Vous êtes comme si vous étiez dans le lit le matin et ça ce n’est pas propice aux apprentissages.

Une fois qu’ils sont revenus dans un état de vigilance optimale, je pose trois questions :

  1. Première question : dans la bande-son de Christophe André, on vous a demandé de porter votre attention sur quoi ? C’était quoi le focus ?

Ils vont me dire que c’était la respiration. C’est effectivement ça. Dans la méditation de Christophe André, on porte attention à sa respiration. Donc être concentré, c’est avoir un focus sur quelque chose comme si on avait un projecteur, notre attention est un projecteur et en fait se concentrer c’est mettre ce projecteur, cette attention sur quelque chose de précis. Donc ça, c’est la première chose.

  • Deuxième question : est-ce que durant l’exercice, vous avez pris conscience de distracteurs, c’est-à-dire de choses qui vous ont perturbées dans votre concentration ? C’est-à-dire que votre focus a dérivé de la respiration et est allé sur autre chose.

Donc les élèves là sont totalement conscients de ça. Même ceux qui n’ont pas fait l’exercice peuvent dire « moi j’étais déconcentré par le bruit, par l’extérieur, par la voix de la personne, par les idées qui me trottaient dans la tête, j’ai pensé à tel truc à tel moment… ». Donc ils sont tout à fait capables de le reconnaitre et identifier ce qu’est un distracteur et comment ça se passe quand il y a un distracteur : hop le focus part ailleurs !

  • Dernière question : quand votre focus était parti ailleurs, est-ce que vous avez réussi à le ramener sur la respiration ? Et là les élèves me disent que oui. Quelle stratégie avez-vous utilisée ? Là ils vont définir des stratégies. Et la conclusion fatale quelque part, c’est « vous voyez, vous savez tous vous concentrer ». Parce que savoir se concentrer c’est être capable de gérer ça, c’est être capable de savoir quand mon focus est parti ailleurs et comment le ramener. Si vous êtes capable de faire ça, vous êtes capable d’être concentré.

Donc les élèves ont vraiment pris conscience de choses dont ils n’avaient pas conscience avant. Parce qu’avant c’était « si je regarde par la fenêtre, ça veut dire que je suis déconcentré ». Si je lis sur mon bulletin que je suis déconcentré, ça me donne une mauvaise image de moi-même. Mais personne ne m’a jamais expliqué comment ça fonctionnait. En fait, ce n’est pas que je ne sais pas, c’est juste que je n’avais pas les outils ou c’est juste que je n’étais pas conscient des outils.

R.G : Mais certains élèves pensent qu’être concentré, c’est être focus pendant 20 minutes, 30 minutes ou même 55 minutes, le temps du cours.

V.A-L : C’est ça. C’est de leur dire que même l’adulte n’est pas capable de faire ça. En fonction des âges, en fonction de la difficulté de la tâche, en fonction de l’état émotionnel dans lequel je suis, en fonction de ma posture, en fonction de mon sommeil, en fonction de l’activité physique, je n’ai pas forcément le même temps d’attention, en tout cas le même temps de focus. Il varie mais ça ne me rend pas moins compétent pour autant face aux apprentissages. Quand on a dit ça, on débloque aussi des choses qui sont cristallisées sur les élèves, qui pensent qu’ils sont en échec, qui pensent qu’ils ne sont pas bons, qui pensent que ça ne sert à rien d’apprendre. Parce que de toute façon on les a identifiés comme élèves perturbateurs, élèves non concentrés, élèves non disponibles aux apprentissages etc.

Donc là il y a vraiment un travail qui peut, je pense, être très intéressant en particulier s’il est fait en coopération avec l’équipe éducative. Plus ça va être fait avec les collègues et plus ça va avoir de la portée pour les élèves. Avec cet exercice, je me suis rendue compte d’une chose : certains élèves disaient « on a envie de dormir » et on s’est aperçu dans mon collège, quand j’y étais, que les élèves de 6ème n’avaient pas le temps de sommeil suffisant pour un élève de cet âge-là.

concours enseignant EPS

Vous avez beau travailler la concentration, il y a 10000 exercices effectivement en méditation, en sophrologie qui permettent de travailler le savoir se concentrer ou l’augmentation de la concentration (c’est le propre de la méditation que d’être meilleur en concentration). Mais comment peut-on être meilleur en concentration si on n’a pas le besoin fondamental du sommeil ?

Donc avant de faire ces choses-là, il y a des choses à travailler sur est-ce que j’ai un sommeil suffisant ? Ça peut être de très belles thématiques de vie de classe. Un élève qui n’a pas un sommeil suffisant, c’est un élève qui va être agité. C’est un élève qui va être en tension. C’est peut-être un élève qui va être agressif avec les autres. Et là, vous aurez beau travailler, être expert en apprentissage de la concentration, l’élève ne va pas pouvoir l’utiliser au quotidien. Donc il faut essayer de ne pas se tromper de problématique.

Si je peux me permettre, j’ai un deuxième outil qu’on avait expérimenté et là, c’était plutôt en lycée. C’était par rapport à la gestion du stress avec des élèves de Première S. Je pense que là on est dans un cliché : Première S : stress, performance etc. mais…

R.G : Ça concerne tous les élèves, même ceux qui ne sont pas en filière scientifique.

V.A-L : Tout à fait mais là on était vraiment dans la première année où il y avait des examens puisqu’à l’époque il y avait encore le bac de français. Donc première année des examens, des élèves qui ont un profil d’exigence par rapport à eux-mêmes, ce qu’on appelle « l’anxiété de performance ». Donc des élèves qui attendent beaucoup aussi de l’école, du résultat scolaire. Par rapport à cet examen, on avait fait un travail coopératif avec l’équipe. Pour cette classe, on avait décidé d’une heure chaque matin et d’une heure chaque après-midi dans lesquelles systématiquement en début de cours, on avait un exercice de 5 minutes qui pouvait être de la cohérence cardiaque, du pompage ou du pompage + de la cohérence cardiaque, ça dépendait.

J’avais montré à mes collègues ces exercices et l’idée c’est qu’on avait systématisé ces exercices deux fois dans la journée, sur chaque jour de la semaine. Ça avait été une routine que les élèves pouvaient utiliser ensuite n’importe quand. Et l’idée c’était de mettre en place cette routine. J’avais la chance d’avoir un collègue qui était en Master et stagiaire en SVT. Il avait fait son mémoire là-dessus. Et il avait montré que ceux qui avaient une anxiété moyenne, rien ne changeait mais en même temps c’est normal parce que cette anxiété, il faut bien comprendre qu’elle est normale et qu’elle permet d’être efficace. Mais ceux qui étaient en anxiété de performance problématique, grâce à ça, avaient ramené leur niveau d’anxiété dans un niveau qui était normal.

Donc on voit bien qu’il y avait quand même une efficacité à mettre en place des pauses finalement. Elles permettent aux élèves de réguler leur tonus, de réguler leur système nerveux. Et ça les aide dans leurs apprentissages, dans leur gestion du stress. Parce que forcément, un élève stressé va moins rentrer dans l’apprentissage aussi. Donc là on a deux exemples : un sur la concentration et un sur le stress. On sait que le stress va jouer sur l’apprentissage et sur la concentration aussi. On a deux exemples qui peuvent être utilisés au collège, au lycée. Et l’exemple de lycée peut être utilisé aussi en 3ème. L’exemple de la concentration peut être utilisé en 2nde, enfin c’est perméable tout ça il n’y a pas forcément d’âge.

R.G : J’ai vu que c’était utilisé et expérimenté dans les écoles primaires aussi.

verbalisation relaxation EPS au lycée

Pas sur des séquences de cinq minutes, comme tu disais au lycée pour la cohérence cardiaque mais sur des séquences de trois minutes avec des élèves en primaire. C’est expérimenté dans plusieurs académies avec des effets très bénéfiques apparemment.

V.A-L : Ce qui est important en fait, je pense, au-delà de tout ce que je viens de dire, c’est peut-être de réfléchir en équipe. Et de réfléchir au niveau de l’établissement à proposer régulièrement des pauses à nos élèves. En effet, dans notre société « sur-sollicitante » par les activités, par le numérique parce qu’on n’apprend plus à nos élèves à jouer, à s’ennuyer, on récupère des élèves qui sont dans cet état-là. C’est peut-être plus vrai en collège et en lycée parce qu’on zappe quelque part d’un cours à l’autre, d’une récré à un cours. Et l’intérêt ça serait de réfléchir en se disant mais comment est-ce qu’on peut leur demander d’être attentif pour être attentif, que leur tonus soit à un certain niveau, que leur respiration soit à un certain niveau, etc.

Est-ce qu’on n’a pas des choses à mettre en place en début de cours pour qu’ils puissent être dans cet état-là ? Je pense que ça peut se réfléchir à la dimension d’un établissement, comme ça peut être fait sur des pauses lecture dans certains établissements. Comme ça peut être fait sur la réflexion du son dans les établissements (on sait que les établissements sont bruyants) sur l’agressivité du sifflet, sur l’agressivité de la sonnerie de récréation etc. Il y a plein de petites réflexions avant de parler d’exercices pratiques pour développer des choses. On peut d’abord réfléchir à des petits gestes, des petits outils, faire des choses qui vont vraiment être efficaces sur la concentration des élèves, sur le climat de classe aussi, sur la relation que les élèves peuvent avoir entre eux, etc.

Il y a vraiment des choses très simples à faire aussi en école primaire. En école primaire, c’est l’enseignant qui va pouvoir décider qu’à ce moment-là, il va mettre en place une pause. Il y a une gestion plus libre quelque part de la matinée ou de l’après-midi.

R.G : Car il gère seul toute la journée.

V.A-L : Exact ! Et à l’école primaire, le travail de Jean-Philippe LACHAUX a été développé. Et là, on a une vision vraiment « neurosciences » (il est neuroscientifique). Il a développé le programme « Atole » qui est un programme de développement d’expertise de la concentration chez les élèves de primaire. On peut aller reprendre ses travaux pour essayer de les exporter au collège ou même au lycée. Au lycée ce sont peut-être d’autres problématiques à travailler mais en tout cas au collège cette problématique va être vraiment intéressante, jusqu’à la classe de seconde même. Allez voir l’ouvrage « Les petites bulles de l’attention ».

Il a également fait un MOOC là-dessus. Donc il y a des outils très intéressants, sur l’explication de la consigne aussi. La seule petite chose : dans son programme, il y a moins d’outils sur le corporel donc nous, en tant qu’enseignants d’EPS, on peut être force de proposition pour rajouter à ces propositions des choses sur le ressenti, sur le corporel.

Troisième partie : mutualiser ces outils au sein des établissements scolaires

EPS Régal ressources EPS

R.G : Super. Merci beaucoup pour tout ça Vanessa. On va attaquer notre troisième partie, même si tu as déjà un petit peu parlé à plusieurs reprises de coopération avec l’équipe éducative. La troisième partie concernait la mutualisation de ces différents outils au sein d’un établissement scolaire. Est-ce que tu veux encore ajouter quelque chose car tu en as déjà un peu parlé dans la deuxième partie ?

V.A-L : Donc là effectivement j’ai déjà illustré deux éléments dans la deuxième partie. Et je vous ai montré que ces éléments sont efficaces et optimaux pour les élèves si on a une réflexion d’équipe. La réflexion d’équipe, ça peut déjà être effectivement la réflexion d’équipe en EPS. Ce n’est pas forcément moi qui aurais les mêmes élèves l’année d’après, donc on peut réfléchir dans le cadre de l’EPS de la continuité des cycles. Comment peut-on réfléchir au sein de l’équipe ? On peut mutualiser les outils dont on a parlé dans cette interview donc ça peut être intéressant.

On peut voir si on peut aussi partager des outils là-dessus car l’enseignant d’EPS est souvent aussi professeur principal. Ensuite, on peut également partager des outils au niveau de ses équipes d’enseignement. Et puis, plus globalement, on peut partager des outils carrément au sein de l’établissement. C’est vrai que ça demande des travaux et de se mettre autour de la table à un moment donné. Donc le chef d’établissement peut éventuellement banaliser une journée voire 2 ou 3 journées.

Nous ça nous est arrivé. Quand j’étais au lycée dans l’Académie de Versailles, l’équipe de formation REP+ était venue pour nous faire réfléchir là-dessus. Ça nous avait pris trois journées pour réfléchir sur : comment faciliter la mise au travail des élèves ? C’était le lycée des Mureaux. Comment on les met au travail ? Comment on développe l’autonomie ? Donc il y avait eu trois journées là-dessus. Et ce qui était ressorti était vraiment riche. Et derrière, on avait des groupes de travail qui avaient pu réfléchir là-dessus. C’est vrai que ça se négocie avec le chef d’établissement.

Et ça se négocie aussi dans des temps de coopération c’est-à-dire que c’est difficile de demander aux collègues en plus de leur temps de travail de rajouter ça. Parce que ça demande énormément de temps, de rajouter ça sur leur midi, de rajouter ça sur leur temps etc. Après je pense qu’il peut y avoir des moyens d’action, des IMP qui peuvent être déployés là-dessus. Je pense qu’il y a une réflexion de groupe à avoir par rapport à ça. Pourquoi ? Parce qu’en tant qu’enseignant ce qui est important, c’est aussi la reconnaissance de notre travail. Et ça, ça fait partie de la reconnaissance de notre travail. Il y a énormément de choses à faire sur l’établissement.

On peut aider à avoir un établissement propice à la concentration, propice au climat de classe mais ça veut dire que les adultes sont capables de se rencontrer dans des temps qui vont être optimaux pour eux et pas en surcharge tout le temps. Donc effectivement, moi, je crois beaucoup à cette mutualisation mais je pense effectivement qu’il faut la penser de manière intelligente au niveau des établissements. Ou dans des formations aussi qui peuvent être faites.

Donc voilà je pense que ces temps de mutualisation sont très importants. Les outils pédagogiques sont très importants et peuvent être partagés, laissés dans les classes et utilisés par les autres collègues. Comme ceux que je vous ai partagé : les petites cartes, les météos, etc. voilà. On peut faire des cartes aussi sur les tensions, s’amuser aussi avec le prof d’arts plastiques : est-ce que ce ne sont pas les élèves qui peuvent créer les cartes ? S’amuser aussi avec le prof de musique : est-ce qu’on ne peut pas créer une musique avec les élèves ? Donc voilà il y a plein de petites choses à faire. Enfin je pense ! Rires

R.G : Merci en tout cas pour toutes ces pistes, ça donne des idées !

V.A-L : La fin de mon propos, et on en avait déjà parlé ensemble, c’est que l’enseignant, lui aussi, peut utiliser ces outils pour lui-même. Je crois que c’est quand même d’actualité, la santé des enseignants. C’est quelque chose dont on parle de plus en plus. J’ai envie de faire ce petit rapprochement peut-être à l’image de la santé mentale des sportifs. Je crois qu’on a eu une belle illustration quand même sur les Jeux Olympiques avec des sportifs qui ont dénoncé cette notion de comment est-ce que dans mon sport, on prend en compte qui je suis et ma problématique de santé mentale ?

Je crois que finalement nous aussi en tant qu’enseignants d’EPS on a à prendre conscience de comment je préserve ma santé mentale et ma santé corporelle. Parce que je crois que c’est un vrai sujet aussi chez nous les enseignants d’EPS. On va peut-être être amenés à travailler jusqu’à 65-67 ans. Comment va-t-on faire avec ça ? Donc tous ces outils dont on a parlé, moi, j’invite vraiment les collègues à les tester sur eux. Et quand les élèves le font, faites-vous une pause aussi pour vous-même, utiliser des outils de respiration, pour réguler votre tonus. Utilisez aussi des outils de relâchement.

Ce petit outil des épaules, faites-le à chaque cours si c’est possible, pour décharger la tension sur vos épaules. Demandez-vous comment est votre dos, demandez-vous comment sont vos pieds, comment sont vos jambes. Relâchez régulièrement votre corps pour éviter qu’il y ait des cristallisations sur vos épaules ou les lombaires (la lombalgie régulière etc.). Et essayez à chacun de vos cours de vous mettre quelque chose, une pause santé, une petite pause régulation et regardez comment ça se règle en vous.

Pour votre santé mais aussi pour la santé de la relation à vos élèves. Parce que quand on arrive tendu, quand on arrive énervé nous aussi, ça joue sur la relation pédagogique. Et puis indirectement, on peut transmettre ça aux élèves. On le sait, parfois, ça cristallise avec certaines classes, ça ne marche pas. A certains moments quand on est plus tendu, le cours ne se déroule pas forcément comme on veut. Ou alors à l’inverse, il se déroule très bien parce qu’on a lâché prise.

Donc vous voyez que l’état dans lequel on est, joue beaucoup sur nos classes et sur l’enseignement qu’on propose. Donc je vous invite à être le plus conscient possible. Ça ne veut pas dire que ça va marcher mais ça veut dire que peut-être ça va amener d’autres réflexions dans l’enseignement que vous pourrez proposer. Voilà c’était un petit clin d’œil. Rires

R.G : Très bien, ça me fait penser à quelque chose ce que tu es en train de dire. J’ai lu récemment l’ouvrage du Docteur David O’Hare à la suite de mon interview avec Luc JOSPIN. On en avait déjà parlé, le fameux ouvrage 365 sur la cohérence cardiaque.

gestion stress coherence cardiaque

Et à l’intérieur, le docteur O’Hare parle du numéro d’urgence émotions. Je pense que ça peut aussi vraiment servir à tous les collègues. Et pour lui c’est le 161. A faire 1 fois, 6 cycles par minutes (5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration) et pendant 1 minute. A faire dès qu’on ressent une émotion vive. En cas de prise de tête ou clash avec un élève ou avec une classe entière, ça arrive parfois ! Ou alors quand on est un peu stressé, juste avant un moment important, peut-être un rendez-vous qu’on sent un peu tendu avec un parent ou des parents d’élèves etc.

Donc lui il préconise de faire ce 1 6 1. Grâce à la respiration, encore une fois on revient dessus, les deux systèmes antagonistes parasympathique et sympathique vont pouvoir revenir à une neutralité émotionnelle. C’était mon petit outil concret. Comme tu en as partagé beaucoup Vanessa durant cette interview, je me suis dit que j’allais partager le mien aussi suite à ma récente lecture.

V.A-L : Si je peux me permettre, juste une petite chose par rapport à ça. Si vous êtes vraiment dans une émotion qui vous remue beaucoup, puisque c’est le propre de l’émotion, le fait de faire cinq secondes, cinq secondes, ça ne va pas forcément être évident. Donc si vous n’y arrivez pas au début, ce n’est pas grave, continuez l’exercice et justement quand vous êtes arrivé aux cinq secondes-cinq secondes, c’est que votre système est en train de se réguler.

Mais ne vous dites pas que vous ne réussissez pas l’exercice. C’est juste que votre corps a besoin de diminuer, de ralentir.

Je trouve que c’est pour ça que c’est important aussi dans les équipes de cultiver des lieux comme « l’Amicale », cultivez des lieux dans votre établissement où vous pouvez avoir une pièce calme, au silence. Où vous pouvez vous ressourcer aussi, vous en tant qu’enseignants, partagez des choses positives dans votre établissement. Ce sont des petits riens qui font que quelque part vous n’êtes pas seuls quand vous avez une problématique.

Vous avez un lieu pour réguler votre problématique et vous avez des gens avec qui la réguler. Et c’est ça qui vous permet aussi d’être à l’équilibre quelque part, de retrouver l’équilibre. Des situations compliquées on en vit tous, des classes compliquées, des relations compliquées avec les élèves, fatigue, stress parce que c’est une activité de tension. Ça c’est notre quotidien. En revanche ce qu’on peut faire, c’est réguler dans notre quotidien, dans nos journées, ces états de stress qui sont normaux.

R.G : Merci vraiment, un grand merci pour tous ces outils, pour le partage de tous tes conseils. Je ne sais pas combien de temps a duré l’interview mais tu as été bavarde ! Rires Tu as partagé beaucoup de choses donc vraiment un grand merci à toi. Je pense que là tu as ouvert vraiment beaucoup de portes et tu as donné des pistes de réflexion, d’action à tous les collègues et futurs collègues en tout cas.

V.A-L : Avec grand plaisir.

R.G : Je te souhaite vraiment une bonne continuation Vanessa dans tes différents projets. Je sais que tu en as beaucoup aussi à Montréal. Donc bonne réussite à toi dans tous ces projets.

V.A-L : Merci et bonne continuation à toi.

R.G : Merci ! Et puis un grand merci aussi à toutes les personnes qui nous ont suivies sur cette longue interview. Si vous êtes arrivés jusqu’au bout c’est que vous étiez vraiment motivés ! (Rires) Donc félicitations à vous et à bientôt pour le partage de nouvelles ressources et une nouvelle interview. Au revoir !

V.A-L : Au revoir !

A toi maintenant d’expérimenter ces différents outils avec tes élèves

Si tu le souhaites, tu peux partager dans les commentaires ci-dessous tes expérimentations avec tes classes. Soit tes expérimentations concernant les outils proposés par Vanessa, soit d’autres outils qui permettent également d’agir sur le climat de classe et de faire progresser les élèves.

On partage et on progresse ensemble 😉

relaxer les élèves à l'école
se relaxer en EPS

Voici les différents documents à télécharger dont il est question dans l’interview de Vanessa 😉

Cet article a 2 commentaires

  1. Tout simplement merci. Je voulais insérer ce genre de contenus depuis très longtemps. Je vais passer à l’action.

  2. Merci pour ton message 😉 N’hésite pas à me faire part de ton passage à l’action et des tes expérimentations! Au plaisir d’échanger 😉

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