Pourquoi certains élèves abandonnent au moindre échec…?
En EPS, tu as sans doute déjà entendu ces phrases :
- « J’suis nul en sport, je n’y arriverai jamais. »
- « Je ne suis pas souple, c’est mort pour moi. »
- « Lui il est fort, mais moi je ne suis pas fait pour ça. »
Ces pensées ne sont pas anodines : elles révèlent un état d’esprit figé. Résultat ? Ces élèves évitent les défis, n’osent pas se tromper, se comparent sans cesse aux autres et perdent confiance.
Et même les élèves brillants peuvent se piéger dans cette logique : à la première difficulté, ils s’effondrent, car ils n’ont jamais appris à persévérer.
Et si on pouvait reprogrammer leur rapport à l’effort et à l’échec ?
Imagine une classe où :
- Les élèves n’ont plus peur de l’échec, car ils y voient une opportunité de progresser ;
- Chacun ose essayer, se tromper, recommencer sans perdre la face ;
- Tes retours ne créent pas d’inégalités, mais développent la confiance et la motivation à apprendre.
Cette transformation est possible grâce au travail de la psychologue américaine Carol Dweck, que l’on retrouve dans son livre de référence Osez réussir (Mindset, en version originale). Et le cours d’EPS est le terrain idéal pour mettre en œuvre ce changement!

Le concept : Le mindset, ou l’état d’esprit
À la source : Carol Dweck, chercheuse à Stanford
Depuis les années 1970, Carol Dweck étudie les mécanismes de la motivation et de la réussite. Elle découvre que la clé n’est pas dans le QI, les notes ou le talent, mais dans ce qu’elle appelle le “mindset”, traduit par “état d’esprit”.
Elle identifie deux grandes postures mentales face à l’apprentissage :
1. L’état d’esprit fixe (fixed mindset)
“On est bon… ou pas. Et si je rate, c’est que je suis nul.”
- L’élève croit que ses capacités sont figées.
- Il évite les efforts, car faire des efforts, c’est admettre qu’on n’est pas naturellement doué. Les efforts sont réservés aux gens qui ont des faiblesses, ceux qui ne peuvent pas y arriver grâce au talent.
- Il redoute l’échec, qu’il vit comme une preuve d’incompétence.
- Il se compare en permanence aux autres.
- Il abandonne dès que ça devient difficile.
2. L’état d’esprit de développement (growth mindset)
“Je peux progresser avec de l’effort, des stratégies, du temps.”
- L’élève croit que ses compétences sont améliorables.
- Il recherche les défis et les voit comme des occasions de grandir.
- Il persévère après l’échec, car il comprend qu’il fait partie du processus.
- Il se concentre sur l’évolution personnelle, pas la comparaison sociale.

Les élèves ont le choix. Les états d’esprit sont seulement des croyances. Ce sont des croyances puissantes, mais elles sont seulement dans leurs têtes, et ils peuvent les changer. Ne fût-ce qu’en connaissant les 2 états d’esprit, ils peuvent commencer à penser et réagir différemment.
Beaucoup de gens, d’élèves ont des éléments des deux. Dweck en parle comme d’une simple dichotomie par simplicité. Les gens peuvent également avoir différents états d’esprit dans différents secteurs. Je pourrais penser que mes compétences artistiques sont fixes, mais que mon intelligence peut être développée. Ou que ma personnalité est fixe, mais que ma créativité peut être développée.
Dweck ne s’arrête pas au constat. Elle montre comment les enseignants, par leurs mots, leurs retours, leurs choix pédagogiques, peuvent influencer l’état d’esprit des élèves. Et c’est là que ça devient puissant pour l’enseignant d’EPS.
Mettre en œuvre le growth mindset en EPS : 4 leviers concrets
1️⃣ Valoriser l’effort et les stratégies, pas l’intelligence ou le talent
L’un des enseignements phares du livre est que féliciter l’intelligence ou le talent des enfants, aussi tentant que cela puisse être, peut nuire à la progression. Vanter l’intelligence des enfants fait du tort à leur motivation et à leur performance. Cela crée de la pression : l’élève veut préserver son “étiquette de doué” et ne prend plus de risque.
C. Dweck écrit: « Quand nous donnons des étiquettes positives « doué », « talentueux », « brillant » à des gens, nous n’avons pas l’intention de leur enlever leur goût du défi et leurs recettes du succès. Mais le danger existe bel et bien ».
À l’inverse, féliciter l’effort, les stratégies, les choix et la persévérance renforce la motivation.
Donc, le compliment devrait se référer non pas aux caractéristiques de personnalité de l’enfant, mais à ses efforts et ses réalisations.
En EPS, remplace :
❌ « T’es super doué »
✅ par « Tu as bien persévéré même quand c’était dur »
✅ ou « Tu as trouvé une meilleure stratégie que la dernière fois »
✅ ou encore « Grâce à tes efforts, tu t’es amélioré depuis la dernière séance »
Astuce : utilise un langage descriptif, qui met en lumière ce que l’élève a concrètement mis en œuvre pour progresser.
2️⃣ Enseigner que le cerveau peut progresser : l’apprentissage comme entraînement
Dweck insiste : les élèves doivent savoir que leurs compétences sont modifiables. Le cerveau se développe comme un muscle. Il change et devient plus fort quand vous l’utilisez. Cette idée de neuroplasticité est scientifiquement fondée et très motivante.
En EPS, explique que :
- La souplesse s’améliore avec la régularité ;
- L’équilibre se développe par la pratique ;
- La coordination progresse avec des connexions neuronales répétées.
Affiche en salle ou en gymnase :
- « L’effort renforce ton cerveau »
- « Tu ne réussis pas… encore »
- « Plus je m’exerce, plus je progresse »
Astuce : commence un cycle d’activité avec un mini-cours de 5 minutes sur “comment on apprend à apprendre” pour installer cette logique.
3️⃣ Proposer des défis progressifs et valoriser la prise de risque
Un élève en état d’esprit fixe va choisir des tâches faciles pour éviter de rater. Il faut proposer des situations où l’échec est accepté, encadré et utile.
Propose des exercices à plusieurs niveaux de difficulté :
- Parcours moteur avec 3 niveaux (vert, orange, rouge)
- Lancers avec cibles de tailles variées
- Gymnastique avec options de figures selon le niveau

Et surtout, valorise la tentative :
✅ « Tu as osé passer au niveau 2, c’est courageux ! »
✅ « Tu t’es lancé malgré le doute, ça c’est fort ! »
Astuce : introduis la phrase « Aujourd’hui, je me lance un défi » comme rituel en début de séance.
4️⃣ Transformer l’erreur en EPS…en outil d’apprentissage
Dans une classe à mindset fixe, l’erreur fait peur. Elle est cachée, moquée ou ignorée. Dweck propose au contraire d’en faire un outil d’apprentissage collectif. C. Dweck écrit que: « les excellents enseignants ont de fortes attentes pour tous leurs élèves, et pas seulement pour ceux qui réussissent déjà. Ils doivent se soucier de chacun des élèves ».
En EPS, crée une culture de l’erreur positive :
- Analyse avec les élèves : Pourquoi cette erreur ? Qu’en apprend-on ?
- Félicite ceux qui acceptent d’être corrigés en public
- Affiche “les meilleures erreurs de la semaine” sur un panneau
Rituel de fin de séance :
- « Quelle erreur m’a permis d’apprendre aujourd’hui ? »
- « Quel défi j’ai relevé malgré la difficulté ? »
Astuce : fais-le toi aussi. Partage tes erreurs, tes essais avec les élèves. Tu modélises ainsi l’état d’esprit de développement.
À tester cette semaine : l’exercice du « pas encore… »
Voici un petit exercice simple pour commencer à diffuser le growth mindset dans tes cours :
Affiche dans ta salle ou ton gymnase ces 3 phrases :
- « Je ne réussis pas encore. »
- « L’erreur me montre ce que je dois travailler. »
- « Avec de l’effort, je progresse. »
En fin de séance, propose aux élèves de répondre à l’une de ces questions :
- Qu’as-tu appris aujourd’hui grâce à une erreur ?
- Quel progrès as-tu fait depuis la semaine dernière ?
- Quelle stratégie as-tu testée pour progresser ?
Tu verras que certains élèves changent très vite de posture… et que les autres suivent.
Conclusion : une pédagogie en EPS qui transforme bien plus que les notes

Ce que nous enseigne Carol Dweck, c’est que le rôle d’un enseignant ne se limite pas à transmettre une technique ou organiser une séance.
C’est aussi — et surtout — aider les élèves à croire qu’ils peuvent changer, s’améliorer, à leur rythme, avec leurs moyens.
En EPS, on a l’immense avantage d’être dans l’action, l’expérimentation, le corps en mouvement. C’est le lieu idéal pour mettre en scène les efforts, normaliser l’échec, valoriser les progrès.
✅ Grâce au growth mindset, on peut :
- Débloquer des élèves enfermés dans l’auto-dévalorisation
- Encourager ceux qui n’osent pas, à se lancer
- Renforcer le lien entre effort et plaisir
- Construire des citoyens plus résilients
Et tout ça… avec quelques mots bien choisis, des rituels simples, et une posture bienveillante.
En effet, chaque parole et chaque action envoient un message qui dit aux élèves comment ils doivent se considérer. Cela peut être un message d’état d’esprit fixe qui dit: tu as des traits permanents et je porte un jugement sur eux. Ou cela peut être un message d’état d’esprit de développement qui dit: tu es une personne qui se développe et je m’intéresse à ton développement.
Pour conclure cet article, je reprends un extrait du livre de C. Dweck:
« En tant que parents, enseignants et entraîneurs, nous avons la charge des vies d’autres personnes. Ils sont notre responsabilité et notre héritage. Nous savons maintenant que l’état d’esprit de développement a un rôle clé à jouer pour nous aider à réaliser notre mission et pour les aider à réaliser leur potentiel ».
À toi de jouer maintenant !
Dans son ouvrage, Carol Dweck écrit: « Par dessus tout, un bon enseignant est celui qui continue à apprendre, avec les élèves ». Elle reprend les propos d’une enseignante avec un état d’esprit de développement:
« Parfois, je n’aime pas beaucoup les autres adultes parce qu’ils croient qu’ils connaissent tout. Je ne connais pas tout. Je peux apprendre tout le temps« .
Si tu lis cet article, c’est que très certainement, tu as également cet état d’esprit de développement dans ton métier, que tu souhaites encore apprendre, continuer à te former pour mieux enseigner et que tu souhaites aussi faire progresser tes élèves au quotidien! Alors, dès cette semaine, avec tes élèves:
- Quelles pratiques vas-tu modifier ?
- Quelles phrases vas-tu bannir ou ajouter dans ton vocabulaire ?
Partage tes retours en commentaires 😉
Pour aller plus loin : j’ai préparé une fiche outil à imprimer avec des phrases clés growth mindset à utiliser en EPS. Intéressé(e) ? Tu peux la télécharger ci-dessous 😉
Et si tu souhaites continuer à être dans une dynamique de croissance de ton état d’esprit de développement en EPS, tu peux cliquer sur l’image ci-dessous 😉

