Pour que l'EPS soit toujours un plaisir ...
Enseigner l’EPS dans le privé

Enseigner l’EPS dans le privé

Tu hésites à passer un concours EPS dans le public ou dans le privé? Tu as certainement déjà entendu des choses (justes ou fausses?) sur l’enseignement privé… Tu as sûrement une certaine représentation de l’enseignement dans le privé…Dans cette interview, Philippe-Michel SIPEYRE, avec son expérience de professeur d’EPS (et formateur) dans le privé, replace certains éléments dans leur contexte 😉

Si tu as des questions, des remarques suite à cette interview, tu peux les laisser dans la partie commentaires sous la vidéo YouTube ou dans les commentaires en bas de cet article 😉 Je t’invite également à apporter « ton pouce à l’édifice » en cliquant sur le pouce bleu sous la vidéo YouTube afin d’améliorer le référencement de cette interview.

3 possibilités s’offrent à toi maintenant pour suivre cette interview: la vidéo YouTube (clique sur l’image ci-dessous), le podcast ou l’article.

CAFEP CAER

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Enseigner l’EPS dans un établissement privé

Régis GALEK : Bonjour à toutes et à tous. J’accueille aujourd’hui, dans le cadre d’une nouvelle interview, un collègue avec une grande expérience dans le milieu de l’EPS en tant qu’enseignant et également en tant que formateur sur différents concours EPS. Il s’agit de Philippe Michel SIPEYRE. Alors tout d’abord un grand merci à toi Philippe-Michel d’avoir accepté cette interview.

Philippe-Michel SIPEYRE : Avec plaisir, merci. Bonjour à toi et bonjour à toutes celles et ceux qui ont le courage de nous regarder et de nous suivre 😉

EPS college lycee privé

R.G : Alors une interview un peu particulière avec toi aujourd’hui car elle va se dérouler en trois temps :

  • Un premier temps où on va parler de l’EPS dans l’enseignement privé car c’est vrai qu’on en parle très peu souvent. Tu as souhaité donner quelques informations sur le sujet avec ton expérience…puis,
  • Dans un deuxième temps on va parler des actualités de l’EPS. En effet, l’EPS depuis quelques semaines, quelques mois est un peu « titillée »… et enfin,
  • Dans un troisième temps tu vas partager, avec ta grande expérience, tes 5 conseils pour transformer et faire progresser les élèves durant une leçon d’EPS.

P M.S : C’est parti, on va essayer en tout cas.

R.G : Alors, si tu veux bien, pour que les collègues ou les futurs collègues puissent un peu mieux te connaître, est-ce que tu peux retracer brièvement ton parcours professionnel ?

P M.S : Bien sûr. J’ai commencé par être un élève du public tout d’abord.  Au début de mes études, j’ai postulé au Rectorat pour l’enseignement public en tant que remplaçant (ou « suppléant » comme on dit dans le privé) et à la direction diocésaine de l’enseignement catholique à Marseille. Et c’est le privé qui m’a appelé le premier ! Ce qui fait que je me suis retrouvé dans l’enseignement privé. Donc j’ai fait quelques temps de suppléance, ça m’a permis de voir une quinzaine d’établissements différents. Ensuite, j’ai passé le CAFEP en 1995, c’est à dire le CAPEPS du privé. Après j’ai réussi  l’Agrégation en 2000 puis j’ai intégré l’ISFEC qui correspond à l’INSPE dans le privé.  On a ensuite monté le master EPS avec l’ancienne directrice, on a accueilli la prépa concours et puis la formation post concours.

Et parallèlement j’ai été élu à l’UGSEL, la Fédération Sportive de l’Enseignement Catholique pendant une quinzaine ou une vingtaine d’années. Je m’occupais essentiellement de la formation au niveau local, chez moi à Marseille et dans la région ainsi qu’au niveau national. Nous représentons environ 7150 profs d’EPS de l’enseignement catholique soit  97% de l’enseignement privé quand même et 2 millions d’élèves à peu près. Sachant que globalement, si on regarde les statistiques, une grosse majorité d’élèves passent durant leur cursus scolaire par le public et le privé et ne restent donc pas uniquement dans l’un ou dans l’autre. Il y a un phénomène de « mercato » entre les structures.

J’ai fait ensuite un master d’ingénierie de formation. Tout cela m’a permis de côtoyer, de rencontrer beaucoup de monde, de nombreux stagiaires. Si je comptais, près d’un millier ou 1200 profs de toute la France en formation continue notamment ! On faisait de grandes formations avec 50 ou 60 personnes chaque année, ça fait beaucoup de monde à l’inscription ! Donc l’expérience comme tu dis, oui, en tout cas l’ancienneté peut-être faut-il transformer son ancienneté en expérience et ensuite son expérience en expertise, c’est bien autre chose.

Donc au travers de ce parcours-là, assez long, j’ai des propositions à faire et la première est de revenir sur l’enseignement privé sous contrat.

R.G : Quand on a préparé l’interview, il me semble que tu as 3 points importants à développer concernant le privé. Donc si veux bien, on peut attaquer avec le premier.

Le recrutement en EPS dans le privé

enseignement privé concours

P M.S : Le premier est le recrutement. Comment cela fonctionne-t-il ? Durant longtemps, les enseignants qui entraient dans le privé étaient des enseignants qui ne passaient pas le CAPEPS ou qui le rataient une, deux ou trois fois et donc entraient en tant que suppléants (ou remplaçants dans l’enseignement public). Et puis, au fur et à mesure, ils arrivaient à trouver un poste de MA2 puis avec un contrat, restaient et trouvaient un établissement qui les accueillait où ils pouvaient faire carrière. Donc si je puis dire, les profs rentraient sur un échec c’est-à-dire qu’ils rataient une ou plusieurs fois un concours et arrivaient à se glisser et à mettre le pied dans la porte du privé. Ils rentraient donc dans un établissement s’ils s’entendaient bien avec celui qui le pilotait et avec l’équipe constituée.

Et puis dans l’année 1992, il y a eu les accords Lang-Cloupet. Jack Lang était alors Ministre de l’Education Nationale et Max Cloupet (le Père) était le Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique. Ces accords avaient notamment pour objectif de mettre en place un concours de recrutement parce que comme on était payé par l’Etat, il était normal d’avoir le même niveau d’exigence à l’entrée. A donc été créé le CAFEP (Certificat d’Aptitude à la Fonction d’Enseignant du Privé) en 1993-1994. Et puis en 1995 pour l’EPS. D’abord, il y a eu les « disciplines essentielles », les « FAM : français-anglais-maths » et puis il y a eu l’histoire-géo etc et en 1995 ça a été l’EPS. Donc c’est là que j’ai passé le CAFEP, cette première année, en 1995. Je suis donc « entré » dans l’enseignement catholique avec ce concours. Ce qui a changé, c’est qu’on entrait à présent sur une réussite. Le décalage était alors intéressant par rapport à rater son concours avec éventuellement une solution de rattrapage ou de repêchage alors que là on entrait sur un concours. Le recrutement a donc évolué.

Ce que je déplore un peu, c’est que beaucoup passent par le concours interne qu’on appelle le CAER (Certificat d’Aptitude à l’Echelle de Rémunération) qui d’un côté est bien parce que lorsque l’on a de l’expérience, on passe par un concours interne ou une validation des acquis d’expérience. Mais bon, d’un autre côté, ça enlève tout le côté « Histoire de la discipline EPS » qui permet aussi d’avoir du recul et de réfléchir à ce qu’on fait par rapport à ce qui a été fait avant. Parce que si on ne connaît pas l’histoire de sa discipline, c’est très dur de savoir ce qui se passe et peut se passer !

Donc, pour le recrutement, je pense qu’il y a une vraie bascule qui fait que les profs du privé qui sont recrutés sont souvent maintenant ceux qui sont passés par la filière classique, le CAFEP. Il faut savoir que sur le même concours, le dernier admis du privé doit avoir plus que le dernier admis du public. C’est un petit détail qui a l’air anodin comme ça mais ça veut dire que si on tombe sur une promotion où il y a un très bon niveau dans le public, ça monte la barre du dernier admis dans le privé ! Et ça signifie par exemple que s’il y a 50 ou 100 postes pour le privé, si les 20 derniers n’ont pas plus que le dernier admis du public, les postes ne sont pas donnés au concours et ils sont récupérés. Donc il y a une vraie équivalence qui est recherchée.

R.G : Les épreuves sont exactement les mêmes pour le CAPEPS et le CAFEP, c’est juste le classement à la fin qui est différent.

P M.S : Effectivement, il y a deux listes différentes à la fin mais les épreuves sont rigoureusement les mêmes. A Vichy, dans le haut lieu du concours, moi, j’ai passé tous mes oraux à 18 heures, c’était très sympa : je balayais, je fermais à la fin lol…. et donc voilà les candidats qui passaient le CAFEP étaient en fin de liste à l’époque ! Il y a deux listes différentes et dans le CAFEP, ce qui est particulier, c’est qu’il n’y a pas de classement. Autant il y a un classement au concours interne (CAERPC ou RAEP) autant il n’y a pas de classement au concours externe. C’est comme une validation de compétences. Tu l’as ou tu ne l’as pas. Il y a beaucoup de profs du privé qui ont été recrutés sur ce concours parmi les jeunes enseignants après 1995-96 et je pense sincèrement que ça a changé le profil de la discipline et le profil des enseignants qui entraient.

EPS: la reconnaissance de l’enseignement dans le privé

reussir concours EPS

Le deuxième point c’est la reconnaissance c’est-à-dire que je pense qu’au travers de ce qui se passe dans la discipline, dans ce que tu fais, sur tous les sites EPS, etc…il y a peu de reconnaissance et de prise en compte explicite de l’enseignement privé sous contrat. Et les profs se sentent un peu délaissés. Prenons un exemple tout simple : on est souvent inspecté par des chargés de mission c’est-à-dire par des profs détachés. On ne voyait pas un inspecteur pédagogique, un IPR. On voyait des chargés de mission qui étaient très sympas et très compétents – là n’est pas la question – mais statutairement on avait l’impression d’être traité différemment.

Autre chose, les jurys de concours : quand on candidate pour être jury au CAFEP ou à l’Agrégation etc., on reçoit toujours des remerciements gentils du type « merci de votre candidature mais l’effectif est déjà au complet donc ce n’est pas la peine… » etc. On est en revanche très sollicité pour les concours CAP-BEP. Quand j’ai commencé ma carrière, il y avait 1 prof du privé pour 15 du public et maintenant c’est, étrangement,  presque du  50/50 !. Et on faisait passer l’épreuve par exemple  de pentabond à des élèves qui avaient fait seulement deux journées d’EPS en trois ans de CFA. En revanche, on n’était pas sollicité pour le reste.

Pour les diverses fonctions comme  « chargé de mission d’inspection », elles étaient confiées à des profs du public et quand j’en parlais à l’Inspection, on me disait qu’on ne pouvait pas confier ça à quelqu’un du privé sinon ça ferait scandale ! Et je répondais que l’on est payé par l’Etat, que l’on a les mêmes obligations et les mêmes contraintes donc pourquoi cela ferait-il scandale ? C’est tout, voilà. Il y a des tas d’exemples comme ça donc il y a un vrai problème de reconnaissance.

Et je pense qu’il y a des tas de profs du privé (j’en ai connu des dizaines) qui font un très bon travail, qui sont très pertinents à tous niveaux. Et malheureusement la diffusion est limitée, la connaissance (ils ne sont pas connus) donc la reconnaissance n’existe pas. Ce qui fait que les collègues se détachaient puis ont fonctionné soit de façon autonome, soit ont arrêté de s’investir et sont passés à autre chose. La reconnaissance est donc un vrai souci. Si on prend le vieux modèle de la Pyramide de Maslow, sans reconnaissance, on a du mal à exister et professionnellement aussi.

EPS: La formation initiale et continue dans le privé

AEEPS Mascret badminton

Pour la formation initiale, pour le concours, quand on avait monté le Master, avec des journées qui étaient allouées, on avait en plus pas mal d’heures dédiées à la spécificité de l’enseignement catholique (le caractère propre), sur la connaissance du système, sur des textes sacrés etc. Il y a une doléance chez les étudiants par rapport au temps qui est dédié à la réelle préparation du concours,  ce qui est le plus important pour eux : écrit 1, écrit 2… et les oraux.

Et ils voyaient leurs collègues du public qui n’étaient pas soumis à ça. Voilà donc une difficulté aussi dans la formation initiale. De plus, il n’y avait pas de préparation au niveau physique donc chacun devait se débrouiller de son côté. C’est d’autant plus difficile car souvent ce sont des gens aux parcours chaotiques,  qui travaillent en même temps donc c’est assez délicat.

Par exemple, pour la préparation au Concours Professeurs des Ecoles, c’est pareil. On a 30 heures à peu près pour les épreuves d’EPS. On a des étudiants éclectiques  qui ne savent souvent pas du tout de quoi il s’agit puisqu’ils n’ont jamais touché du doigt le sujet sinon dans leurs pratiques personnelles ou en tant qu’élèves. Et là aussi, on est limité en termes de temps et bien sûr, sans aucune pratique.

Ensuite, la formation continue où il est très difficile de s’inscrire car c’est toujours un peu opaque. Je dis souvent « l’opacité d’un système assure sa pérennité ». Par exemple, il faut passer par une plateforme dédiée qui s’appelle « Formiris » qui nécessite un budget et l’aval du chef d’établissement. Ce qui en fait,  génère une vraie complexité.

A une époque, j’ai connu « l’âge d’or » : on arrivait à réunir 60 personnes pendant une semaine ce qui est énorme. On pouvait traiter des dossiers sur la citoyenneté, sur les élèves difficiles, sur le rôle du groupe en EPS etc. Ce qui était très intéressant, c’est que les dossiers étaient publiés puis diffusés notamment aux stagiaires qui les avaient conçus. Il y avait des groupes et des animateurs, c’était génial. Puis après tout cela a disparu. Partir une semaine en formation est devenu inenvisageable, déjà que 2-3 jours c’est compliqué !

Donc une difficulté pour se former. Et puis la formation continue, c’est non seulement se former mais c’est aussi rencontrer des collègues, dépoussiérer ses pratiques, échanger, etc. On peut créer ainsi un tissu relationnel, ce qui est très important. Comme il n’en existe pas ou peu après la formation initiale, tout le monde a tendance à se replier dans son établissement et l’on se croise rarement sinon sur des installations municipales, ou lors de ce qui touche aux AS mais cela reste de fait très limité par rapport aux temps d’échanges longs liés à la formation continue.

Les fédérations sportives

UNSS

Ensuite parlons des fédérations sportives. Dans le public, on est affilié de fait à l’UNSS et dans le privé on peut être soit à l’UNSS, soit à l’UGSEL. Il y a donc déjà un choix proposé. L’UGSEL est bien plus petite en effectif par rapport à l’UNSS et travaille sur un autre fonctionnement. Il y a beaucoup plus de champs d’actions. C’est très diversifié. Elle s’est écartée un peu du pôle purement sportif pour aller vers par exemple, le secourisme, ou avant l’accompagnement éducatif, comme l’avait dénommé Xavier Darcos  « l’école pour les orphelins de 16 heures ». C’était le début d’une forme d’externalisation sans trop le dire.

Ensuite, il y a cette grande diversification qui fait que la pratique sportive elle-même devient un peu moins présente et prégnante que ce qu’elle a été avant. Donc on se demande vraiment si l’avenir de l’association sportive peut être assuré comme ça. Je sais qu’à l’UNSS, il y a aussi  des tracas, je vois passer des mails, des rouspétances diverses et variées… mais clairement aucun système n’est parfait, on le sait tous, mais bon il y a là aussi des évidences avec par exemple le fait que si on est affilié à l’UGSEL, on ne  rencontre pas les profs qui sont à l’UNSS.

Quand on avait réalisé une enquête sur le fonctionnement des AS dans le privé – qui était très intéressante d’ailleurs – on a eu des remontées surprenantes : pourquoi l’UGSEL plutôt que l’UNSS ? Quel mode de fonctionnement ? etc…  les collègues qui me disaient aller à l’UNSS en étant pourtant  dans l’enseignement privé sous contrat, c’était  uniquement pour rencontrer leurs copains de fac ! Les motivations n’étaient pas du tout liées à ce qui est proposé mais plutôt aux personnes qui sont là et qui animent…

Le syndicalisme dans l’enseignement privé

Le dernier point que je voulais aborder est le syndicalisme que je trouve manquant dans l’enseignement privé. Il y a en effet très peu de présence syndicale. En revanche, je reconnais que le SNEP (avec lequel je ne suis pas toujours d’accord) a l’avantage d’avoir un impact historique, un engagement sur la défense de la discipline qu’il a réalisée et qu’il continue de faire à sa manière.

Dans l’enseignement privé sous contrat, très peu de gens sont syndiqués du coup. On retrouve un manque de cohésion d’équipe, de corps professionnel et par conséquent, d’union. Je me souviens d’une époque où l’on faisait des formations le samedi matin qu’on appelait « les ateliers d’échanges et de pratique », les collègues venaient et jouaient par exemple, au volley. Parfois on avait des chargés de mission qui nous rejoignaient aussi (ça permettait de valider ce qu’on proposait). Il y avait quelque chose qui se nouait entre nous, on venait pratiquer ensemble, discuter, échanger des contenus etc.

Mais si tout cela n’existe pas ou plus, alors on se désunit et quand on est désuni bien évidemment, on est moins fort. Le syndicat, et ses actions, est un moyen qui peut permettre la cohésion. Or, comme l’on est très peu syndiqué, ça nous pose un problème.

Il y a aussi heureusement globalement beaucoup de convergences puisqu’on a des élèves venant de toutes parts et de tous milieux et avec lesquels on compose. Par exemple, dans le type d’établissement catholique privé sous contrat : il y a des élitistes, comme dans le public je pense, des intermédiaires comme celui dans lequel je suis en ce moment, et des établissements difficiles. Il ne faut pas croire non plus que dans les établissements privés il y ait toujours des installations agréables avec des élèves tirés à quatre épingles et faciles, oh non ! Rires.

Ce n’est parfois pas simple du tout dans le privé, j’espère que des collègues viendront et donneront leur avis et que tu pourras les solliciter pour de nouvelles interviews. J’en connais quelques-uns qui auraient des tas de choses à dire.

R.G : Avec plaisir, pas de souci, tu peux me donner les noms ! Rires.

Si je résume ton message, tu souhaiterais quand même avoir un peu plus de reconnaissance pour les profs du privé. Que ce soit de la part des inspecteurs comme tu disais tout à l’heure ou que les profs soient un peu plus sollicités en tant que jury de concours. Et pouvoir accéder plus facilement aux formations notamment et avoir un peu plus d’union et de proximité entre le privé et le public.

P M.S : Si tu veux, je dis toujours que l’enseignement c’est un métier solitaire et il faut le transformer en un métier solidaire. Cela ne tient pas à grand-chose c’est une lettre d’écart ! Mais cette solidarité fait vraiment du bien pour un mieux-être et un mieux-vivre commun parce que parfois on est un peu seul. J’ai connu ces moments de solitude avec des classes et d’autres où tu rentres à la récré et où tu peux dire dans la salle des profs « je me suis fait déboiter par les 4ème 2! », enfin il faut oser le dire…!

Donc j’ai remarqué que dans les établissements plus difficiles, on était plus solidaire et dans les établissements plus élitistes où il y avait moins de problèmes, apparents, on était plus solitaire. C’est la difficulté du métier qui fait qu’on fait équipe dans l’adversité. Donc si on est plus solidaire, on pourra à la fois mieux faire, mieux vivre et puis aussi être plus dans l’échange de pratiques donc enrichir la discipline et ça manque un petit peu.

R.G : Oui et dans ces temps difficiles pour l’EPS, la solidarité est d’autant plus importante.

P M.S : Oui et quand on voit le groupe « EPS Mania », toutes ces propositions qui sont faites d’adaptation, bien sûr qu’on s’adapte c’est extraordinaire et ce partage est génial. Je pense que c’est un très bon outil mais ça reste encore virtuel. On est encore dans le distanciel. Et je pense que la relation en présentiel est fondamentale surtout pour nous qui aimons ça : le corps, le contact, la relation… C’est un métier de relations l’enseignement et dans l’enseignement de l’EPS c’est encore amplifié.

R.G : C’est sûr mais avec le contexte du corona virus en ce moment, c’est aussi plus compliqué pour le présentiel. Heureusement qu’on a encore le distanciel notamment pour faire cette interview. J’aurais préféré bien entendu la faire en présentiel sous le soleil de Marseille ! Rires.

J’ai une dernière question Philippe Michel. Moi qui ai plutôt une expérience dans le public, je me posais une question en t’écoutant tout à l’heure : qu’est-ce qui motive finalement un collègue à passer le concours dans le privé ?

P M.S : Soyons clair, pour beaucoup c’est le fait de la nomination qui se fait au niveau académique. Tant qu’il y a des postes, on reste. C’est ce qui nous a été reproché ou ce qui peut nous être encore reproché par certains. De ne pas avoir fait nos classes en banlieue parisienne ou à Douai comme certains de mes potes qui se reconnaîtront (je n’ai rien contre Douai !).

Ensuite, parfois certains ont fait leur propre cursus dans le privé donc il y a une forme de cohérence à y rester. En outre, je pense qu’en EPS la motivation foi-croyance reste très limitée même si bien sûr il y a des enseignants du premier et du second degré qui viennent dans l’enseignement privé par conviction religieuse (il y en a toutefois peu et de moins en moins d’après les statistiques… ).

Je pense aussi qu’ils estiment qu’il y a peut-être un confort supérieur… Mais le salaire est inférieur dans l’enseignement privé, jusqu’à la retraite d’ailleurs…. Il y a donc beaucoup de fausses représentations puisque dans les STAPS on ne parle pas du tout du Master de l’enseignement catholique, qui parfois est même décrié. Je me rappelle d’articles sur internet où l’on disait que c’était le Vatican qui attribuait les Masters etc…

Il y a autant de croyances que de superstitions sur l’enseignement privé où l’on croit que l’on est complètement soumis à des influences institutionnelles extérieures, ce qui est complètement faux ! Quand j’ai monté le Master, je me suis occupé de l’EPS, point barre. Notre objectif était de proposer des contenus, un écrit 1, un écrit 2, une préparation pour les oraux et pour réussir le concours. Le reste n’était pas de mon ressort et ça n’intéressait personne du groupe, car pas lié au concours.

Pour résumer, la motivation est dans le lieu géographique et dans la continuité d’un parcours personnel, peut-être par conviction.  Et puis comme dans mon cas, si je m’en réfère à la citation «  le hasard est le masque que met Dieu quand il veut voyager incognito », lorsque j’ai déposé un dossier simultanément dans le public et dans le privé, c’est le privé qui m’a appelé en premier. On peut appeler ça de l’opportunisme, en tout cas, il fallait bien que je travaille et c’est celui qui te propose du boulot vers lequel tu vas. C’est pour cela que je serai toujours reconnaissant envers l’enseignement catholique d’avoir pu travailler et fonctionner assez librement en son sein.

R.G : D’accord. Merci en tout cas pour ces précisions sur l’enseignement privé. C’est vrai qu’on n’en parle pas souvent et c’était l’occasion aujourd’hui de passer plusieurs messages. Je pense que plusieurs collègues vont se retrouver dans ce que tu as dit.

P M.S : Peut-être que certaines personnes ne seront pas d’accord mais nous accepterons avec plaisir qu’elles nous le disent.

R.G : Elles pourront le dire bien entendu notamment dans les commentaires sous la vidéo ou dans les commentaires de cet article !

On va pouvoir passer au deuxième temps de notre interview. Je te remercie pour ce premier temps. On va dire à tout de suite aux collègues pour la suite de cette interview sur les actualités de l’EPS.

Tu pourras suivre la 2ème et 3ème partie de cette interview très prochainement 😉

En attendant, tu peux laisser tes commentaires ci-dessous…

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Cet article a 6 commentaires

  1. Très belle initiative !
    Merci à toi d’avoir proposé cette interview et c’est vrai que je rejoins ton invité qui met en avant un peu plus l’enseignement privé. Nous sommes parfois effectivement délaissés ,c’est une certitude… mais on arrive aussi malgré tout à garder le lien avec nos collègues du public, comme il disait, lorsque nous sommes jurys pour les épreuves ponctuelles ,c’est-à-dire en CAP /BEP et bac pro en alternance….
    En tous cas, un grand merci et impatient d’écouter la suite de l’interview.
    Bon we.

  2. Le point de vu du collègue est intéressant : il cherche à valoriser des enseignants, ceux des établissements privés sous contrat qui ont les mêmes devoirs (obligations de service) que les enseignants des établissements publics mais pas les mêmes droits.
    Les droits à salaires bruts et les droits sociaux (congé, dispo, …) sont égaux mais pas les droits à retraite, à formation à mutation.
    https://www.snep-unsa.fr/Salaires
    Pourtant fonctionnaires et contrats définitifs (celui qui a validé un Cafep ou Caer) peuvent obtenir une affectation dans un établissement privé sous contrat puisqu’il relève du Service public d’éducation.

    Les directeurs du privé et leurs patrons ont tous, librement, fait le choix, sans contraintes connues, sans que personne ne les contraignent de solliciter (demander, chercher à obtenir un accord de l’autorité de l’Etat) , un contrat d’association à l’enseignement public (L442-5 code éduc).
    Les enseignants ont tous, librement, fait le choix, sans contraintes connues, sans que personne ne les contraignent de passer un concours de la Fonction publique pour etre titulaire (Capeps ext ou int, …) ou en contrat définitif (Cafep ou Caer Capeps, …).
    Les programmes sont ceux de l’éducation nationale, les inspecteurs viennent inspecter via PPCR et viennent désormais sur le même rythme (que le public).

    La différence entre public et privé : le « deal » au départ : tu auras ton affectation dans un bahut sous contrat dans l’académie (2d degré) ou le département (1er degré) mais tu devras être prêt au clientélisme (satisfaire parents, élèves, évèques).

    Concernant la formation professionnelle, les formateurs sont choisis par l’Evèque ou son association SGEC via une validation RNCP
    https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/15850/
    Le passage, donc l’obtention, du CAFFA, ou CAFIPEMF n’est pas possible car cela voudrait dire validation par l’autorité académique (inspecteur) et donc que la structure catholique (évèques, directeurs, syndicats maison) perdraient leur mainmise sur le marché (40 Mi €).
    Dès lors, les places de formateurs sont tenues par quelques uns.

    l’UGSEL permet aussi l’entre-soi, puisque cela concerne peu de collègues et peu d’élèves. Le ministère reconnait les performances pour l’obtention de points pour le bac. Du fait de la faiblesse du niveau (notamment en sport collectif) c’est une opportunité de gagner des points facilement.
    Là encore, ce petit monde fonctionne « entre-lui », sur fonds publics puisqu’elle demande des subventions publiques sans forcement respecter les finalités du Sport scolaire.
    Le collègue le dit presque clairement.
    Par exemple : les formations « secourisme » sont une manne.

    Aussi longtemps que le CAFEP et le CAER existeront, la valorisation du travail, l’égalité, sont impossible puisqu’il y a inégalité des droits.

  3. Bonjour c’est avec plaisir que je retrouve Philippe qui fut mon formateur à l’Ifsec ! Merci messieurs d’avoir choisi cet angle d’attaque , on nous qualifie bien trop souvent de seconds couteau alors que finalement nous faisons le même métier ! N’oublions pas les écarts de salaire public/privé injustifiés au XXI siècle ! Alex de Nice

  4. Bonjour,

    Quelques mots…

    Non , il n’y a pas de confusion.
    Pour ceux qui souhaitent être bien au point :

    https://www.education.gouv.fr/media/11990/download

    https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/social/dix-statistiques-que-vous-ignorez-peut-etre-sur-les-enseignant-e-s_AN-201906160041.html

    Globalement, nous avons plus de charges donc notre salaire net est inférieur (14 % en moyenne selon la DEEP) et pour le retraite le calcul est bien évidemment différent en notre défaveur malgré de les efforts lors de l’adoption de la loi Censi en 2005 ( https://www.cfdt-retraités.fr/6-Retraite-des-enseignants-du-prive-sous-contrat) .

    Pas de prime de déménagement ou d’installation non plus…normal selon le payeur , car peu sont mutés et c’est là l’un des l’intérêts et une des motivations du CAFEP.

    – Pour le statut de formateur , il est presque inexistant, il y a cependant des rôles à prendre dans la formation. Bien sûr cette VAE existe: ce ne sont ni les DDEC et encore moins l’Episcopat qui s’en occupent, mais une commission nationale ad hoc. Certes il faut passer sous les fourches caudines mais cela reste jouable.

    https://enseignement-catholique.fr/titre-formateur/

    On peut toutefois être recruté par un ISFEC pour son mérite ou son niveau d’expertise et fonctionner ainsi sans problème. C’est rassurant.
    De fait le marché de la formation est rémunérateur, on le constate bien avec la création de l’ogre Formiris qui a succédé à l’ UNAPEC et aux ARPEC/SIAPFI… que de sigles! je vous rappelle « l’opacité d’un système assure sa pérennité ».

    Pour la note HNSS, elle disparait bel et bien avec la réforme du bac.
    Donc comme cette année les AS et fédés ne fonctionnent presque pas (COVID) , on peut dire qu’elle est supprimée: ce qui est triste dans l’idée et la reconnaissance des ces heures d’entrainement et d’investissement (enfants ET parents) malgré les écueils que nous pouvions y rencontrer sur le niveau réel, les arbitres… bref, ceci disparait avec l’arrivée de la Spécialité EPS ( https://www.education.gouv.fr/baccalaureat-general-mise-en-place-d-une-nouvelle-specialite-education-physique-pratiques-et-culture-307827) , qui est posée comme une vraie reconnaissance disciplinaire .
    A débattre…
    Une bonne observation à mener , sera la désignation des 3 ou 4 établissements par académie qui obtiendront cette spé dans la rentrée prochaine , notamment le prorata Public/Privé… si la loi du 80/20 est respectée , cela devrait se constater . A suivre…

    Voici , quelques réponses liées à la discipline. Je conseillerais aux entrants de bien lire les textes , ou de se les faire expliquer par les syndicats évidemment ou des collègues initiés. Par exemple, savoir que le CAER ne garantit aucun poste, le CAFEP seulement un mi temps… et que ce sont les commissions de l’emploi (CAE (privé) puis surtout CCMA(rectorat/privé) ) qui font le job… Commissions où siègent certains syndicats et d’autres pas. Et je dirais aux anciens de se tenir aux courant également, pour ne pas pas faire flouer et ensuite râler dans les salles des profs … ce qui ne fait pas avancer la cause …
    Restons unis, Communiquons et nous aurons plus de poids.
    Au delà de cela, c’est non seulement la place et la reconnaissance des enseignants EPS du « Privé mais également l’avenir de la discipline qui est en question actuellement et ces enseignants AUSSI ont leur mot à dire.

    Bien Cordialement.

  5. « l’opacité d’un système assure sa pérennité » , effectivement.

    La réussite au CAFEP ou au CAER donne accès à un contrat provisoire d’enseignement stagiaire pendant 1 an (avec des conditions de renouvelabilité).

    https://www.education.gouv.fr/bo/19/Hebdo16/MENF1908346C.htm

    La réussite au CAFEP ne donne aucun droit à titularisation. Elle donne un droit à inscription sur une liste d’aptitude.
    A l’issue du stage il faudra :
    – avis favorable de l’inspection
    – accord d’un directeur pour une affectation définitive dans son établissement.

    Le lauréat validé du CAPEPS est un fonctionnaire titulaire de la fonction publique, l’Etat lui doit un poste.

    le lauréat validé du CAER ou CAFEP CAPEPS doit avoir l’accord du directeur pour obtenir un contrat définitif, il n’est titulaire de rien du tout. ATTENTION
    A ces deux conditions, le stagiaire est validé et obtient un contrat définitif.

  6. Surpris, rassuré et au final content que l’on parle du privé. Beaucoup de mots (toujours une belle tchatche Philippe !) posés sur des faits vécus , des sensations ressenties en formations, en salle des profs, lors des inspections ou bien lors des journées de jury. Merci

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